Oasie_4Sujet assez risqué pour ce film coréen de bonne tenue : les amours entre un déclassé ex-taulard et une handicapée cérébrale, sur fond de rejet familial et de société discriminatoire, on peut dire que Lee Chang-Dong ne choisit pas la facilité. Ce qui touche vraiment dans Oasis, ce sont les deux personnages. Ils sont non seulement magnifiquement interprétés (et je ne suis pourtant pas un grand fan de ces compositions à Oscar), mais aussi très bien dessinés par le réalisateur. D'un côté, le jeune gars : jamais à sa place, un petit pois à la place du cerveau, se marrant comme une baleine quand il faudrait se taire, ne comprenant jamais rien à la société qui l'entoure, c'est lui qui amène l'humour du film (eh oui, c'est souvent drôle) par son côté Gaston Lagaffe "malsain" ; de l'autre côté, la jeune handicapée, donc : tordue, effrayante de tensions, à la limite de l'Elephant woman, elle arrive pourtant à dégager une émotion étrange, et à apparaître subitement jolie comme un coeur.

Malheureusement, les promesses troubles du début sont trop souvent4 étouffées dans l'oeuf, à cause d'un récit trop illustratif (toutes les scènes où l'entourage rejette la jeune fille sont trop soulignées) et d'une tendance à la naïveté qui finit par s'approcher de la fleur bleue. Lee a des brusques accès de peur par rapport à son sujet, et désamorce le tout en plongeant ses personnages dans un monde rose bonbon qui ne colle pas au thème : rêves sucrés des tourtereaux (imagerie de conte de 2fées très mièvre), illusions de la jeune malade (les rayons de soleil se transforment en papillons), ou vision "subjective" des deux amoureux, qui deviennet tout à coup deux jeunes tout à fait normaux... Trop d'explications, finalement, nuisent au souffre véritable qui se dégageait d'autres scènes autrement plus crues. Dommage, parce que ces dernières ont parfois un réel pouvoir de transgression (photo "cradasse remarquable, en passant), et parce qu'un tel sujet pouvait donner lieu à un vrai brûlot. Trop de parfum pour cacher la merde.