9917644f15b606b443ca7ca914da402617cb093f532958323b9f09a8e8258223Mesdames et messieurs, voici la veine la plus ironique, la plus légère et la plus moqueuse de Pierre Jourde. Vous préférez l'auteur de Winter is coming ou de Pays perdu, celui qui arrive en quelques phrases à toucher du doigt la beauté, la mort, la tristesse, la ruralité, bref l'écrivain ? Vous en serez pour vos frais cette fois-ci. Il faudra vous contenter de cette cuvée 2022 bien médiocre, qui rassemble 3 textes disparates, 3 pastiches d'émission de télé, de film ou de conte. Le premier, "La grande Solderie", nous propose une caricature de l'émission de Busnel, La grande Librairie. Les cibles de Jourde n'ont pas changé depuis 30 ans : Angot, Sollers, Houellebecq, Darrieussecq, et on commence à trouver ces obsessions un peu louches. L'auteur s'attaque donc une millième fois à la petite vanité de ces auteurs à la mode, pastichant leur style autant que leur caractère et leur personnage médiatique. C'est parfois bien observé et drôle, notamment sur les constantes crises d'outrage de Angot, ou sur le style ampoulé de Sollers. C'est clairement la partie la plus réussie du livre, même si on est un peu lassé de cette attaque en règle contre les mêmes depuis toujours. OK, ces gens-là sont souvent pathétiques et vains, leur succès n'est pas forcément justifié. Mais on aimerait maintenant que Jourde change un peu ses cibles, s'attaque à des figures un peu plus importantes. Et on sourit en imaginant sa plume féroce au service d'une critique sur Rushdie, Bobin, Gaudé ou King. Ce serait en tout cas plus noble que ces coups de talons guère offensifs aux ambulances, d'autant qu'il l'a déjà fait avec nettement plus de brio (dans La Littérature sans Estomac ou même le Jourde & Naulleau).

Les deux autres textes sont quai-nuls, franchement. Une pièce radiophonique qui parodie Alien ("Alein : Le mal de l'origine du retour"), à l'humour très daté, aux jeux de mots dignes d'un Carambar un peu périmé, qui dit beaucoup à Zucker, Zucker & Abrahams mais n'en a pas la puissance de feu. Les situations sont attendues, et du coup les gags aussi, Jourde ne sait pas s'arrêter quand il a trouvé un truc rigolo, et tout ça disparaît dans le vaseux. Quant au dernier texte, "La Belle et l'enclume", c'est un poil mieux, mais un poil seulement : une réécriture fatiguée de "La Belle au bois dormant", avec son lot de fées incompétentes et son ersatz de prince charmant, avec ses tentatives de mises en abîme vraiment ratées (les flash-back très théâtralisés), et toujours avec cet humour de fin de banquet assez épais. A croire que Jourde n'a pas vu de comédie depuis 1980. Un livre sans épaisseur, sans beaucoup d'esprit, sans utilité, sans saveur.