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Changement de réalisateur, de décor, d'actrice et d'ambiance pour cette série de films délicieusement italiens et bon enfant. Exit Gina et son âne, et bonjour Sophia et ses poissons. On y perd un peu, première constatation, tant Lolobrigida éclatait de fraîcheur, et tant Loren a du mal à trouver le ton tout à fait juste face à son partenaire, le grand Vittorio de Sica, plus vieux beau que jamais, plus poseur et ringard que jamais, plus chaplinesque que jamais (son jeu m'a semblé très imité de celui de Chaplin dans Monsieur Verdoux, et je dois dire qu'il atteint parfois à cette grandeur-là). La trame-prétexte : le maréchal part à la retraite et quitte son petit village précédent pour rejoindre sa ville natale, Sorrente. Là, il tombe sur deux femmes qui représentent deux faces de la féminité italienne : d'un côté sa logeuse, une femme pieuse à mort, mère-la-morale cul-béni (qui va pet-être se révéler pas si farouche que cela) ; et donc Donna Sofia, marchande de poissons au verbe haut et à l’œillade facile, qui va tout faire pour garder la maison du maréchal d'où il voudrait la chasser. Notre homme ne sachant guère résister aux charmes du beau sexe, Sofia a vite fait de nous l'emballer comme un poisson frais, et va le manipuler à sa guise, rendant son amoureux vert de jalousie, faisant piaffer la grenouille de bénitier avide de marier le maréchal. Femmes, femmes, femmes...

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Le vrai héros du spectacle finalement, ce ne sont pas les femmes, pourtant jolies comme des cœurs et tout à fait rigolotes ; ce n'est pas même De Sica, en sur-forme ici ; ce sont surtout les décors de cette Italie colorée et bruyante, que Risi rend avec un amour évident. La couleur, qui fait son entrée dans la série, rend encore plus charmants les intérieurs populaires, les grandes orgues des fêtes de village, la garde-robe spectaculaire du maréchal. Le charme est indéniable : on regarde ce scénario relativement débile se dérouler avec la nostalgie d'une époque (que je n'ai pas vécue, en plus), simple et légère. On sait très bien que ce sont des clichés, que l'Italie n'a certainement jamais été ce pays où on crie et où on rigole sans cesse ; mais on adhère à cette vision stéréotypée, à ces personnages gentiment caricaturaux (la sexy grande gueule, la coincée, le jeunot con mais amoureux, le vieux beau qui ne voit pas qu'il vieillit, le curé austère, la servante effrontée...), à ce petit retour finalement de la Comedia dell'arte sous forme de film populaire. C'est léger comme tout, ça a une portée de 2 mètres 50 à peu près, ça vous laisse autant de souvenirs qu'un souffle d'air, mais c'est du cinéma comme on ne sait plus en faire. On s'attendait peut-être à un peu plus d'ironie de la part de Risi, qui s'assagit un peu ici sous les effets de la commande ; mais ça reste un très bon moment coloré et enlevé.

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