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"Have you checked the children ?". Si vous êtes baby-sitter et que vous entendez une voix vous murmurer ça au téléphone en pleine nuit, mon conseil est de fuir à toutes jambes. C'est l'option que choisira trop tard la jeune Jill. Dans la première partie de When a Stranger Calls, de loin la meilleure, on la voit en effet harcelée par ce p**ain de téléphone, dans un moment de suspense vraiment très bien tenu. Il y a du Scream, il y a du Halloween dans cette longue séquence qui emprunte à la grammaire du film d'horreur pour vous mettre les miquettes. Une maison bourgeoise dans une petite ville pavillonnaire classique, une jeune fille en fleurs engagée le temps d'une soirée ordinaire pour garder des mômes, et c'est le début d'un jeu du chat et de la souris qui vous tient parfaitement en haleine. C'est le thème toujours flippant de l'inconnu dans la maison, de la mort qui s'infiltre dans la quiétude, de l'incompréhension quand frappe le Mal : un tueur sadique qui téléphone et murmure des horreurs, et notre jeune gamine de flipper sa race, d'appeler les flics qui réagissent mollement, de prendre des décisions fatales. Joli montage, belle tenue du suspense, actrice compétente, filmage tout en profondeur de champ et en variations de plans très anxiogène : on a beau avoir vu ce type de scènes mille fois, on continue à se ronger les ongles, et c'est bien agréable. On se dit qu'on est tombé là sur un petit trésor oublié du film de suspense flippant, et on se frotte les mains.

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Et puis, dès la fin de cette séquence et le changement total de décor, patatras, on déchante. Walton n'a plus rien à raconter, qu'à cela ne tienne, il le racontera donc mal. Le film se change en polar très maladroit, pas intéressant du tout, où on suit la traque du criminel par un détective privé (Charles Durning). Des personnages prennent de l'ampleur sans crier gare (le pourtant beau personnage de la femme vieillissante, désabusée et alcoolique), un psychopathe qui se contente de faire peur aux gens et d'errer sans but, un flic un brin douteux (il cherche son homme pour le buter, ce qu'il explique dans un monologue bien de droite), on s'enfonce dans l'inepte. Subitement, allez comprendre pourquoi, notre assassin décide de harceler à nouveau sa victime du début, ça devient franchement n'importe quoi, et Walton finit de se retirer de la chose, même plus mise en scène (la confrontation finale est nulle), même plus écrite. Incroyable de voir le naufrage, après une séquence de début aussi satisfaisante. On sent que Walton arrive après Carpenter, et qu'il n'a pas sa radicalité, son génie de mise en scène ; mais il y avait là de la graine de grand réalisateur, je vous le dis. Notre homme a été par la suite se perdre dans les téléfilms, exit donc : il ne restera de lui que ces plans très spectaculaires, très simples, sur une femme qui a peur, sur un téléphone qui sonne, sur des ombres qui passent dans un escalier. C'est déjà ça.

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