9782330155681,0-7595405C'est reparti pour un tour dans l'univers noirissime de Lars Kepler, qui nous pond régulièrement des romans addictifs et anxiogènes du meilleur effet. Cet Homme-miroir n'est pas en reste, puisque chacun de ses chapitres, balancés en rafale, vous envoie à la tête un rebondissement la plupart du temps hyper sanglant. Complaisant ? Putassier ? Oui, si vous voulez. Mais aussi hautement machiavélique : dès la deuxième phrase du roman, vous êtes embarqué sans rémission pour une aventure qui va durer 500 pages et qui ne relâche pas une seule seconde la pression. Jamais l'écriture au cordeau, épurée jusqu'à l'os, de Kepler n'aura été aussi loin : les phrases, courtes, hachées, cultivent même en traduction un tempo ahurissant. C'est à peu près toujours le même modèle : chaque chapitre commence par une notation météorologique en une phrase, puis hop, on reprend le grand galop de la narration, avec cette montée progressive vers la violence qu'on sent venir dès le début ; et toujours le même principe de découpage de l'action très inattendu, chaque chapitre semblant mettre fin à quelque chose... avant de poursuivre de plus belle au chapitre suivant, comme si le changement de chapitres ne servait qu'à prendre une courte respiration. Il en résulte un sentiment d'enfermement dans la trame, et comme elle est très anxiogène, on est vite happé par l'histoire cauchemardesque et les personnages borderline de la chose, sans jamais qu'on ne puisse lever la tête pour respirer. On n'a donc guère le loisir de se poser des questions sur le pourquoi de notre fascination ; et c'est tant mieux car si on l'avait, on pourrait constater que cette surenchère dans la violence cache des pulsions macabres assez inquiétantes chez cet auteur, et chez nous par la bande.

Cette fois, l'inspecteur Joona Lina est mis sur la piste d'un boucher ultime, qui kidnappe des jeunes filles, les enferme dans des cages, les viole, et se débarrasse d'elles en leur coupant les pieds, en les décapitant à la machette, en les pendant ou en les débitant à la meuleuse. Un gars pas sympa, épaulé par une mystérieuse "Grand-Mère" presque aussi monstrueuse que lui. A la faveur d'un meurtre particulièrement odieux (une fille enlevée et jamais retrouve, et au moment où elle refait surface, c'est pour être pendue sans autre forme de procès), notre gars Joona repart pour une quête où sagacité, déduction, et surtout endurance seront de mise  : lardé de coups de couteau, rendu aveugle par on ne sait quel poison, trente fois assommé et mordu par des chiens, et en même temps abandonné par sa fille, mis en doute par ses supérieurs et empêché par ses collègues, il résiste à tout, se sort de toutes les scories et triomphera bien entendu une nouvelle fois de l'ennemi. Mais avant ça, mon vieux, que d'aventures, que de coups de théâtre et de rebondissements improbables : un gars rendu fou par la perte de sa fille et qui voit des fantômes, des séances d'hypnose (la marque de fabrique de Kepler depuis L'Hypnotiseur), des explosions, des fusillades, des coups de hache, un cadavre dans des sacs poubelle, des enlèvements, tout ça pour aboutir au coupable qu'on n'imaginait bien entendu pas du tout. C'est parfait, n'y allons pas par quatre chemins : on prend simplement son pied à regarder le niveau de violence frôler la folie pure, et à trembler pour les pauvres héros de cette histoire, pauvres victimes sacrificielles de ce monstre ultime. Le gars a beau nous servir un petit texte d'épilogue où il relate le nombre de femmes assassinées chaque année et fait mine de s'en indigner, il ne trompe personne : loin de toute pensée, de toute tentative sociale, L'Homme-miroir n'est là que pour vous en foutre plein la vue à grands coups de stridences et à grands geysers de sang. Dire qu'il y parvient est en-dessous de la vérité. (Gols 16/10/21)


Le couple Kepler a en effet le chic pour nous prendre par les balls et pour ne plus les lâcher jusqu'à la fin du bal. Un paragraphe = une phrase, le procdédé est simple et terriblement efficace comme si chaque phrase agissait comme une formule secrète. En deux chapitres, nous voilà pris dans les rets d'une nouvelle histoire affreuse, les Kepler nous coupant les bras en nous contant l'histoire d'un scieur de mollets... C'est brutal, c'est sanglant, c'est sadique mais c'est surtout l'occasion pour nos auteurs de nous trousser des scènes que l'on se projette directement sur l'écran de notre cerveau : une scène sur des quais où les combats de coqs et de chiens font rage et où nos trois flics font face, chacun de leur côté, à trois épisodes traumatiques, une descente dans un appart transformé en glauque cage à oiseaux où le suspense, forcément hitchcockien, nous rend affreusement fébrile, et un final mené tambour battant où les victimes tombent comme des mouches. On finit une nouvelle fois la lecture de cet ouvrage exsangue en espérant que l'inspecteur Jonas comme Jack Bauer en son temps prenne de longues vacances avant de replonger dans une enquête où l'affect, les sentiments, l'amour, n'ont désormais plus de place face à de telles horreurs. Sept heures (de lecture) de malheur - et de jouissance haletante. (Shang 24/10/21)