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Une femme, trois fils, trois exils... Gaudé, once again, s'impose comme le conteur français du territoire africain avec cette histoire "légendaire" qui nous met face au destin d'une femme forte, face aux paysages d'un continent, de ses coutumes, de ses champs de bataille – de sa violence comme de sa douceur aussi... La petite histoire d'une femme qui a dû combattre toute sa vie pour survivre : enfant abandonnée laissée en pâture aux hyènes, elle ne doit son sursis, alors qu'elle n'a que quelques semaines, qu’à la bienveillance d’une femme qui prend l’initiative au sein de sa tribu passive de la prendre sous son aile ; un acte humain, gratuit, qui sera presque le dernier dans la vie de Salina... Forcée de se marier avec un homme qu'elle n'aime pas, forcée de lui faire un enfant qu'elle n'aime pas, puis bannie de cette tribu, notre héroïne enchaîne les mauvais sorts... Sa vengeance n'aura alors de cesse contre ces chefs de clan qui l'ont mise plus bas que terre. Une vengeance aux allures de sacrifice de toute une vie jusqu'à ce qu'une autre femme, d'un autre clan, plus ouverte et empathique que les autres, reconnaisse enfin son droit... à un peu d'humanité, à une autre vie : cette femme lui confie son propre fils, un sacrifice à la hauteur des misères qu'a connu Salina tout au long de sa vie : comme si la balance se devait, enfin, un jour, d'être rééquilibrée... Le récit est court mais foisonnant en aventures, Gaudé ayant comme toujours le sens du récit, de la narration compacte. Les maigres dialogues prennent souvent la forme d'incantations, comme si chaque point de vue, par la répétition des mêmes tournures de phrases, se devait d'être clarifié, entendu avec soin. Le fils de Salina se fait conteur à son tour pour permettre à sa mère d'adoption de reposer en paix : Gaudé donne ainsi une dimension encore plus "littéraire" à son ouvrage, comme s'il n'y avait que les mots, les histoires (à l'oral comme à l'écrit finalement) pour être capable de rendre dignement hommage au destin d'un homme, d'une femme. Mission accomplie (par Gaudé comme par le fils de Salina) pour tramer un conte qui tient en haleine de bout en bout, chaque phrase semblant travailler pour rester graver dans la pierre, pour résister aux vents du désert. Solide.