9782226325730,0-3114685Après le Goncourt, Lemaitre se la joue en mode mineur pour son retour en littérature. On ne peut pas lui en vouloir a priori, ça doit pas être facile de rebondir. Mais une fois l'a priori passé, on se dit qu'on est quand même en droit d'attendre un peu plus que ce roman noir court en bouche et écrit entre deux portes. On dirait que Simenon est ressuscité, ce qui n'est pas un compliment : ça se passe dans une petite ville de province où tout le monde se connait, s'observe et se juge. Au premier chapitre, un jeune garçon tue un gosse sur un coup de colère, il cache le corps dans la forêt et tente d'oublier. Mais la culpabilité le poursuit, l'étau de la justice se resserre de plus en plus, et entre flics, voisins, psys et remords, le gars fait le yoyo. Soulagement puis sueurs froides vont être son lot toujours recommencé. Lemaitre se la joue scrutateur cruel des petites moeurs de nos contemporians, y sème un peu de spectacle (ça se passe durant la tempête de l'an 2000, ce qui donne lieu à des pages qui se veulent amples mais qui échouent vraiment à rendre compte du chaos) et laisse faire la trame. Comme il sait très bien dessiner des personnages forts et crédibles, il s'en sort honorablement : on tremble aux côtés du pauvre Antoine, on croit à ses tourments, on sourit aux aléas de son sort (un coup de théâtre dans les dernières pages qui vaut son pesant de cruauté). Mais on se dit aussi que Lemaitre ne s'est pas non plus foulé, et on a du mal à comprendre ce qu'il veut raconter exactement. Son roman a tout d'un petit polar français pépére, genre qui donne des téléfilms sur France 3, ça manque de muscles, de nerfs, de viande... et de corps. Quant à l'écriture (le style n'est pas le grand talent du compère), elle est fonctionnelle, trop rapide, trop légère, comme s'il voulait se débarrasser de ce livre pour pouvoir passer à autre chose. Au final : ça se lit facilement, c'est même parfois agréable, mais il n'en reste strictement rien 3 minutes après la lecture.