henning-mankell-l-homme-inquietUn ouvrage qui clôt le cycle du Commissaire Wallander on ne peut plus crépusculaire : il est question de disparitions (les deux beaux-parents de sa fille disparaissent coup sur coup), de guerre froide qui n'en finit pas de finir mais aussi de la vieillesse qui commence à peser sur les épaules de notre ami Kurt de plus en plus sujet à des pertes de mémoire... Si l'homme inquiet du titre semble, en premier lieu, faire référence au père de son gendre, Hakan von Enke (ancien responsable militaire dans la Marine : sa curiosité par rapport à certains événements qui ont eu lieu dans les années 80 lui vaudrait d'être "inquiété" par des forces obscures…), on a tôt fait de faire le parallèle avec notre ami Wallander qui patauge, pour ne pas dire se noie, dans ses problèmes de santé et cette sombre affaire de sous-marins. S’il assiste avec bonheur à la naissance de sa petite fille, prend enfin la peine de déménager à la campagne et d’adopter un chien, les sources de soucis sont légions : rapports tendus avec son ex-femme alcoolique, discussions souvent houleuses avec sa fille (elle lui parle comme un chien ou c’est moi ? Je n’avais pas le souvenir que la bougresse soit si perfide avec son pôpa), trous de mémoire de plus en plus fréquents (c’est gênant d’oublier son arme de service dans un resto après avoir, qui plus est, picolé), taux de glycémie aléatoire, risque d’infarctus… Pas facile de garder la tête sur les épaules surtout que l’enquête à laquelle il est confronté s’avère plus coton que jamais : dans cette affaire qui mêle réseau d’espionnage internationaux et vie privée (pas facile d’apprendre à son tout nouveau gendre que ses parents étaient peut-être des fumiers d’espions communistes - je ne livre aucune clé, rassurez-vous), Wallander a bien du mal à faire la part des choses. Ne sachant pas trop où donner de la tête, notre commissaire n’a de cesse de voyager en Suède, au Danemark ou en Allemagne, pour démêler, selon l’éternelle formule consacrée, ce putain d’écheveau… Un ultime challenge pour notre solitaire qui s’accroche à cette enquête comme s’il s’agissait d’un bout de bois en plein naufrage. L’ombre de la mort (un ancien amour atteint d’un cancer - on pense parfois à la trame des Chaussures italiennes) n’a de cesse de planer sur notre Kurt préféré. Notre homme va-t-il se faire rouler dans la farine, trouver enfin son maître comme disait ma grand-mère, sombrer ? Ou sauver l’honneur en tentant de démêler une ultime fois le vrai du faux... Résolument noir, ce requiem pour un Wallander en plein doute prend des allures de bilan mais n'en demeure pas moins indéniablement brillant.