CVT_Le-Dynamiteur_4214

La mort de Mankell nous vaut la parution en France de son premier roman. Un premier roman qui raconte le destin d'un survivant, un type qui, vérifiant la raison pour laquelle la charge qu’il avait placée dans une montagne n'avait pas explosé, a fini par se la prendre dans la tronche... Un œil et quelques doigts en moins, notre homme revenu des morts reprendra malgré tout quelques mois plus tard son travail. A l'aide d'analepses et de prolepses toujours aussi maîtrisées chez notre ami Mankell, on suit le parcours politique et amoureux de notre héros. Un parcours politique qui le fait longtemps flirter avec des idées et des partis de gauche, partis de gauche qui, comme partout, le rendront plus ou moins désabusés - l'aspect administratif et l'inertie inhérente à ce bien joli parti de penseurs n'y étant pas étranger. Côté amoureux, après une première déception (sa petite amie le quitte peu de temps après l'accident), notre ami dynamiteur aura la chance de croiser lors d'une manif (ah la convivialité de la chose !) la sœur d'icelle qui lui restera, elle, fidèle jusqu'au bout. Elle disparaîtra plusieurs années avec notre survivant décidément increvable qui coulera ses dernières années sur une petite île quasi déserte (ambiance qui n'est d'ailleurs pas sans rappeler celle des derniers ouvrages de Mankell). Le narrateur, proche de notre héros dans ses derniers jours, tente ainsi d'explorer le destin de cet homme du siècle qui, après un gros boum, tenta toute sa vie, bon an mal an et avec une évidente humilité, de chercher son équilibre sans coups d'éclat, sans explosion.

On trouve déjà chez Mankell ce découpage en chapitres relativement brefs, un découpage qui tend à vouloir reconstituer les différentes pièces du puzzle de la vie de cet homme, un homme « sans qualité » mais avec une certaine baraka qui tentera de survivre au cours de ce XXème siècle politiquement agité. La vie d'un homme revenu de l'enfer, à la recherche d’une certaine forme de sagesse ; un homme sans grande illusion mais avec une certaine foi envers les changements qu'il est possible d'apporter au monde ouvrier - la vie explosive d'un ancêtre des gilets jaunes ? Ouarf, le parallèle est un eu tiré par les cheveux ; mais cela permet au moins d'évoquer le fait que ce genre de combat de David contre Goliath reste d'actualité. Sûrement pas le livre le plus achevé de son auteur mais un premier roman dont notre écrivain nordique n'a absolument pas à rougir. Incontournable pour le moins pour ceux à qui va manquer leur petite dose annuelle de Mankell.