9782021233407

Après le Ford qui sent déjà un peu le sapin, la lecture du Mankell pourrait paraître un brin morbide - à l'image de mes premiers pas dans l'Education Nationale ? (coupons court). Heureusement l'Henning est plein de sagesse et d'espoir : son ultime ouvrage n'a rien d'un testament glauque mais constitue un réel hymne à la vie. S'il insiste longuement sur l'héritage infâme que notre ère du nucléaire laissera derrière lui (comment avertir les générations du futur (lointain lointain futur) qu'on leur a laissé un gros paquet de merde dans le sol ?), s'il n'hésite pas à regarder droit dans les yeux la faucheuse qui le nargue (on partage avec Mankell la même vision de la chose, tope-là), il revient avec un certain plaisir sur tous ces petits moments qui font que sa vie fut digne et digne d'être vécu. De sa décision subite de quitter l'école à 16 ans (well done) pour faire son trou à Paris à sa traversée du Portugal (Mankell sait faire d'une simple anecdote toute une leçon de vie) en passant par son expérience théâtrale... et parfois brute de pomme au Mozambique, l'auteur tente toujours de déchiffrer les signes que la vie lui a envoyés, de chercher des échos (moments d'inspiration, moments clés qui hantent, qui prennent sens avec le temps...) dans son humble existence (expérience de la mort, grands bonheurs ou comme il le dit lui-même grands instants de "soulagement", épisodes formateurs...). Mankell tente d'embrasser en de cours chapitres aussi bien sa modeste petite vie d'artiste, d'homme que sa vision de l'humanité, de son évolution : il se penche aussi bien sur les dessins qui ornent les grottes ancestrales en s'intéressant à quelques théories récentes que sur l'avenir des plus incertains de notre planète que l'on a réussi à farcir d'ordures for a long long time... Que Mankell nous conte le récit signifiant d'un puits qu'il a creusé sur une micro-île, lui permettant de goûter de l'eau (salée) datant de l'ère glaciaire ou l'histoire glaçante d'un mendiant handicapé dégagé manu militari d'une gare européenne, on sent toujours le regard tour à tour profondément écologiste (au sens basique du terme, non au sens politique ou arthus-bertrandique ou hulotique abominablement galvaudé) ou humaniste de notre talentueux écrivain de polar. Notre homme sait, qu'avec le cancer, il a face à lui un ennemi mortel sur lequel il ne sert à rien d'enquêter mais il continue malgré tout de remonter les petits indices de sa vie juste pour le simple plaisir de ses lecteurs. Que Mankell soit loué, ce maudit sable mouvant ne pourra l'enfouir à jamais : ses bouquins sont alive.