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Une des rares oeuvres en couleurs de Mizoguchi, et un de ses rares films d'action, Le Héros sacrilège a le mérite de nous prouver l'incompétence du maître en matière de couleurs et d'action. Si Mizo sait comme personne filmer en plans fixes les tourments féminins, s'il possède parfaitement l'art de filmer les duos, il faut reconnaître que dans le genre fresque historique, il est assez médiocre. Or, de la fresque historique il y en a là-dedans : nous sommes au XIIème siècle, alors que nobles et moines s'affrontent pour prendre le pouvoir dans de sombres débats politiques et guerriers. Un clan de samouraïs, mené par le vénérable Tadamori, est chargé de protéger l'empereur en place, mais souffre du manque de reconnaissance de son maître. A cela s'ajoutent les angoisses du fils de Tadamori, en plein doute sur ses origines : sa môman n'aurait-elle pas fricotté avec l'ex-empereur, et ne serait-il pas le fruit de cette union adultère ? Entre frappages de poitrine tourmentés et frictions avec le clan opposé, la vie du samouraï n'est pas de tout repos, surtout avec ces chapeaux de Schtroumpfs ridicules.

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L'ambition est de tenter la tragédie antique occidentale tout en restant dans la culture japonaise. L'inconvénient est que Mizo a le souffle franchement court. Toutes les scènes d'action sont bizarrement occultées (à la manière, effectivement du théâtre grec ou français classique), genre : "Allons combattre ces moines félons, camarades, ouaiiiis" / cut / scène suivante : "Ouah la branlée qu'on leur a mise, dis donc !" On aurait bien aimé, nous, voir un bout de sabre briller, une goutte de sang gicler ou au moins des gars s'empoigner, mais point. La seule fois où il s'y met, c'est pour filmer une bagarre assez pathétique, prise en plan très large, frileusement coupée et pas du tout tendue. Le film reste du coup très dialogué, voire bavard, égrénant de façon morne les errements sentimentaux un peu abscons des héros en lieu et place de la testosterone qu'on attend de ce type de production. Quant à la couleur, là aussi, c'est assez raté : testant un procédé national, Mizoguchi ne parvient au mieux qu'à teinter son film de couleurs pastels délavées assez ternes, au pire à réaliser une affiche de Bouglione : les acteurs, trop maquillés, mal fagottés, pêtent au milieu de ces décors jaunâtres. Seule belle occurence colorée : une forêt vert bouteille (je suis daltonien, en même temps, hein) du meilleur effet.

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Malgré tout, au niveau thématique, le film est parfois agréable, surtout quand on se rend compte que, à défaut d'avoir perdu ses traditionnelles femmes bafouées, Mizoguchi invente un personnage masculin qui n'a rien à leur envier : virilité dans les chaussettes alors qu'il aimerait bien avoir l'air, complexe d'Oedipe en bandoulière, fragilisé par ses problèmes d'identité, le jeune Kiyomori est un héros mizoguchien typique, malmené et déclassé, déjà un pied dans la modernité alors que son siècle s'assoupit. L'acteur est moyen, et Mizo préfère d'ailleurs le filmer en plans assez lointains, comme un observateur presque objectif ; les quelques gros plans montrent vraiment les limites du gars. Mais cette façon de filmer les décors autant que les hommes, de "psychologiser" en quelque sorte les intérieurs, marque des points encore une fois. Malgré une caméra plutôt fixe et discrète, on reconnaît bien là notre Kenji. Un petit film tout de même, au final.

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mise sur Mizo : clique