lautofictifpereetfils« Dieu partout ? Allons, je peux l’admettre si l’on veut bien laisser subsister un doute pour ce qui concerne l’intérieur des balles de ping-pong. »

 

Toujours aussi miraculeux, ce petit journal d’aphorismes commencé il y a quelques années par le grand Chevillard. On ne change pas le principe : trois pensées par jour, des plus idiotes aux plus fulgurantes, des plus poétiques aux plus terre-à-terre, avec toujours ce sens impeccable de la formule, du rythme des phrases, du petit détail qui fait mouche. On croise cette fois encore beaucoup d’animaux (c’est définitivement la veine que je préfère chez lui), pas mal de considérations assassines sur ses collègues en littérature (« ça se lit facilement est la formule consacrée pour désigner, par opposition au pur et dur objet de littérature, une merde molle. »), des autocritiques désabusées (qui jouent souvent sur le fait que le bougre est peu lu : Eric, je suis là, accroche-toi !), et une foultitudes de réflexions hilarantes sur le sens de la vie, le temps qui passe ou le bistrot où il a ses habitudes. Ce volume-là est pourtant plus nostalgique que les deux premiers, et porte très bien son titre. En une année (ce recueil embrasse la période 2009-2010), Chevillard perd son père et son grand-père, livrant des pages poignantes sur la transmission, la vieillesse et la perte, voit grandir sa première fille, et assiste à la naissance d’une nouvelle : il y a du coup, et presque malgré lui, un mouvement d’ensemble dans ce livre, quelque chose qui doit autant à la dépression qu’au bonheur total, à la mort qu’à la renaissance. Les pensées lumineuses concernant ses enfants tranchent avec l’amertume violente de se retrouver orphelin, et on passe beaucoup plus rapidement qu’avant de la drôlerie à l’obscurité. Les deux tendances sont tout aussi précieuses l’une que l’autre, et on est à nouveau sur le cul devant cette imagination proprement illimitée qui s’exprime chaque jour sur le net. Un livre à avoir toujours à portée de main, histoire de picorer quelques morceaux de littérature et de bonheur dès que nécessaire.