9782020419529C'est toujours un grand plaisir de retrouver Kurt Wallander, le commissaire légèrement réac et dépressif de Mankell, oeuvrant dans une petite bourgade de Suède hantée par le crime et la déréliction. Cette fois, double enquête pour le Kurt : d'un côté, une jeune fille qui s'immole par le feu en pleine campagne ; de l'autre un serial-killer guère hygiènique qui scalpe ses victimes quand il ne leur passe pas les yeux à l'acide ou la tête au four. Une bonne occasion pour Wallander de vérifier une nouvelle fois que la société moderne est remplie de monstres de plus en plus incontrôlables, et de ratiociner sur l'horreur de son métier et la l'importance des cernes sous ses yeux.

Encore une fois, le talent de Mankell pour nous entraîner dans le sillage de l'enquête fait merveille. D'autant qu'ici la construction du récit est intrigante : tous les 5 chapitres environ, on suit les actes et les pensées du serial-killer lui-même, si bien qu'on a un léger temps d'avance sur les flics et qu'on trépigne pas mal à les voir prendre de fausses pistes ou passer à côté du petit détail que, nous, on a repéré. Belle façon d'instaurer une complicité avec le lecteur, tout à la fois en pleine empathie avec la complexité de l'enquête menée par Wallander et fasciné par l'esprit déviant de ce tueur sanguinaire. Sur plus de 500 pages, et malgré les pannes de l'enquête, on ne lâche pas d'un poil la tension, simplement grâce à la précision de la construction, et à la véracité des personnages et du contexte. Mankell sait toujours densifier un caractère en quelques mots, pour rendre cette équipe attachante : un expert bougon, un chef dépassé par l'horreur et les responsabilités, un témoin insolent, le tout sur fond de fatigue de plus en plus prenante et d'été de plus en plus torride. L'arrière-plan est crédible et là aussi précieux : foin des grands décors urbains de ses camarades polardeux ; ici, on est dans la province, dans la campagne, sur les pontons des petites plages, dans les champs de colza, dans la lumière, ce qui ajoute une touche de vérisme et de proximité avec l'histoire.

L'écriture est fonctionnelle, parfois assez moche (la traduction n'aidant pas d'ailleurs : ce Christofer Bjurström est souvent d'une maladresse effarante). Mais on ferme les yeux devant cette platitude, puisque le bouquin fonctionne superbement dans son intrigue et ses personnages. Jusqu'au bout du bout du livre, on aura été happé, et c'est à peu près tout ce qu'on demande à un polar. (Gols 21/03/10)


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Gols a tout dit (même au sujet de la traduction : "2 contre 1" pour donner le résultat d'un match de foot, ça surprend...) de cette merveilleuse petite mécanique mankellienne où l'on passe son temps à vouloir dire au Commissaire qu'il devrait prendre plus de temps à approfondir sa pensée sur tel ou tel élément ; le gars est pourtant à fond dans son taff, devant en plus gérer en parallèle son pater vieillissant et sa fille "vagabonde". On se dit, dans tous les sens du terme, que cette enquête risque bien de "lui faire la peau" et on s'attend à chaque chapitre à voir notre homme lâcher prise devant cet incroyable imbroglio... Mais Wallander a les pieds sur terre et l'on suit ses pas de chapitre en chapitre avec une passion de plus en plus dévorante - difficile de lâcher prise dans les cent dernières pages : c'est bien d'ailleurs la première fois que j'arrive à lire dans un bus public à Tananarive (il est difficile aux heures de pointe de bouger une oreille, alors ouvrir un livre demande un effort de bodybuilder... Je crois malheureusement que dans l'action j'ai perdu une jambe coincée sous un strapontin - "vazah lava be", ok, mais rendez-moi ma jambe quand même). A peine achevé, on a envie de se jeter sur le suivant - alors ces vacances en Italie avec papa, c'était comment, Wal', maintenant qu'on est devenu intime ? -, et me voilà d'ailleurs à nouveau pris dans les abysses d'une enquête suédoise glauque avec La cinquième Femme (que miracle, Gols n'a po lu ! Ouaisss!). Addictif, definitely. (Shang 03/03/13)