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Cette adaptation de Goethe par Ophüls ne m'avait guère emballé sur le coup (alors que j'étais en joie de découvrir cette rareté du grand Max...) et maintenant que je dois écrire ma petite chronique shangolienne deux semaines après, avouons qu'il ne me reste pas grand-chose "d'imprimé" en tête... Bien aimé pourtant, notamment dans la première partie du film, cette volonté constante chez Ophüls de "muscler", de dynamiser certaines séquences en essayant de multiplier les angles de prise de vue et en chiadant le montage de la scène. Seulement bon, cette forme tonifiée ne suffit pas toujours à nous faire accrocher à cette histoire balisée qui représente la quintessence du romantisme : ils se rencontrent, ils s'aiment mais c'est po possible. Elle souffre jusqu'à prier le ciel, il souffre jusqu'à se tirer une balle. Bien. Faut reconnaître aussi que ce bon Pierre Richard-Willm qui tente d'incarner Werther m'a assez vite gonflé... Sa déclaration d'amour face caméra m'a semblé aussi crédible de Jean-Pierre Pernaut en journaliste d'investigation...

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Il y a tout de même de très belles choses, notamment ces scènes champêtres lorsque nos deux amants hésitants se donnent des rendez-vous loin du regard des autres. Il y a également une scène somptueuse (je pèse mes mots) lorsque, lors du bal, Annie Vernay (Charlotte) croise pour la première fois son Werther : la scène devient étrangement muette et on peut lire sur les lèvres de l'héroïne un "c'est vous" qui m'a fait tomber de mon fauteuil (j'ai perdu le sens de l'équilibre ces derniers temps, c'est vrai aussi) ; est-ce que le preneur de son était malade ?!!!!! Nan, cet instant est tellement magique qu'il est forcément voulu par le grand Max (toute l'intimité, toute la pudeur, toute l'immensité de leur relation tient en ces mots... trop lourds pour être prononcés...) et l'on se demande si le film n'aurait pas gagné à être entièrement muet vu le don de "mise en images" d'Ophüls - cela aurait en plus empêché ce bon Pierre Richard-Willm de s'exprimer... On se dit d'ailleurs à la toute fin, lorsque la caméra s'attarde sur le cheval de Werther alors que celui-ci est hors-champ, qu'Ophüls aura la pudeur non seulement de ne pas nous montrer  le suicide de son héros mais également de ne pas nous le faire entendre - une simple oscillation des oreilles du cheval devrait suffire... Finalement non, on entend le fracas du coup de feu et on est un peu marri... Bref un tantinet déçu dans l'ensemble par cette mouture ophülienne même si certains plans sur l'Annie enamourée ou torturée sont de toute beauté.

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