18669018_w434_h_q80Je sais : Viva Cuba est incriticable, dans la mesure où il est réalisé dans un pays où la liberté d'expression ne passe pas en priorité dans l'ordre des décisions gouvernementales, un pays où prononcer un mot de politique peut vous valoir le pal ou un truc comme ça. On est d'accord que Malberti ne peut pas trop se permettre de montrer Cuba autrement que comme le pays des Schtroumpfs... Mais n'empêche. Je suis en train de me dire : était-il obligé de faire quand même un film, si c'est pour livrer un produit aussi médiocrement consensuel et lisse ? Ne pouvait-il pas se contenter de rester tranquillement à contempler ses couchers de soleil rose bonbon et ses petits nenfants si choux, plutôt que de faire partager sa vision odieusement cucul la praline du monde qui l'entoure ?

18669017_w434_h_q80On est en droit de se poser la question devant ce film d'une laideur insigne, pratiquement totalement dénué de fond, et en plus franchement douteux de temps en temps. La mise en scène ce Malberti est horrible : succession de gadgets de réalisation totalement inutiles (on filme sous l'eau, en plongée verticale, en caméra subjective (du point de vue d'une fiente de perroquet, quand même), on met une touche de fantastique à la con), montage traitant le rythme par-dessus la jambe, directions d'acteurs nullissime (des enfants considérés comme des singes savants, énervants de minauderies, coincés dans un scénario qu'on n'a visiblement pas pris la peine de leur expliquer). Malberti utilise au sens strict le potentiel photogénique de ses deux petits héros, quitte à s'attarder lourdement sur le slip de la petite fille ou sur un garçon en train de pisser. On ne sait plus trop si on a affaire à un film pour enfants (mièvrerie de l'histoire) ou à un film pour pépés en mal d'excitation (j'exagère un peu, mais je vous jure que quelques plans sont franchement gênants).

18886264_w434_h_q80On est en tout cas devant un film qui tient absolument à garder son public, en lui servant la soupe avec beaucoup d'application, en lui donnant une image de Cuba bien comme il faut pour ne déranger personne. Ce ne sont pas les quelques "audaces" parsemées ça et là qui démentent cette impression : portrait de deux familles aux opinions politiques et au statut social inverses, description de croyances superstitieuses mettant en valeur l'ignorance en vogue dans l'arrière-pays... Rien n'y fait : Viva Cuba n'est jamais engagé, jamais personnel, jamais profond. La dernière séquence sauve un peu l'intérêt : deux enfants pris dans la tourmente des grands, qui se disputent comme des chiffoniers au ralenti, dans un joli effet de mouvements. Pour ces quelques secondes, il faut se fader "Béni-Oui-Oui au pays de Fidel", et ça, sans moi.