beetlejuice2Ah la belle époque où Tim Burton n'avait pas encore les moyens financiers de ses ambitions visuelles ! Beetlejuice est un film fauché, et c'est ce qui en fait tout le sel. Parce que ce n'est vraiment pas à ça que le gars s'arrête : qu'il n'ait pas de fric ne semble lui poser aucun problème, et il tente tout de même le gros film. Il s'avère que celui-ci n'aurait sûrement pas été aussi mignon s'il avait été sur-produit. Comme tous les réalisateurs de films fantastiques sans-le-sou (Tourneur, Franju ou Carpenter), Burton compense son manque de moyens par un retour craquant aux bonnes vieilles méthodes à l'ancienne : pâte à modeler, bricolage de maquettes, maquillage épais comme mon beetlejuicebras, fantaisie dans les idées et joyeux amateurisme. S'il est vrai que le film souffre parfois d'un côté cheap démodé (les costumes, les simples scènes de dialogues pour le coup bâclées, le jeu d'acteurs léger), il fait aussi sensation dans les moments de folie : c'est l'apparition d'un ver des sables que n'aurait pas renié Méliès, c'est une mouche filmée en gros plan pour fair peur, c'est des masques en plastoque, des transparences qu'on croirait sorties d'un film 18819605_w434_h_q80d'épouvante des années 60, d'habiles accords de montage pour faire croire à des apparitions de fantômes, pour se terminer sur une Wimona Ryder qui s'envole sur un air de comédie musicale (on voit les filins, je vous jure). Le réalisateur de Pee-Wee est bien toujours là, avec son goût pour un imaginaire enfantin du meilleur effet ; mais il y a aussi déjà celui de Batman (le personnage principal, fantasque et trash, ressemble comme deux gouttes d'eau au Joker), de Edward Scissorhands (qui prolongera avec talent l'aspect gothique de l'esthétique ici lydia18mise en place), de Mars Attacks (avec ce goût prononcé pour les freaks et les effets spéciaux à deux balles, et surtout d'Ed Wood, dans cette volonté obsessionnelle d'être fidèle à son esthétique malgré les contingences, dans cet amour des choses désuètes, dans ce mauvais goût assumé (les pouet-pouet qui accompagnent chaque geste obscène de Michael Keaton ne jureraient pas dans un Zidi). De quoi confirmer que Tim Burton est définitivement un cinéaste à l'univers unique, et qui ne cesse depuis toujours de creuser ce style si particulier. Beetlejuice confirme l'homogénéité de sa filmographie, et deplus c'est un film tout à fait rigolo, parfois impertinent, et très agréable à regarder. Un film pour enfants, certes, un film qui a plein de défauts (de rythme, de trame, d'acteurs, de musique), mais un film attachant au vu de la carrière du gars. Idéal pour des soirées pizza-vidéo de qualité, ami Shang !