Pfilm1538931710510Police, en 20 ans, a été copié plusieurs fois, que ce soit par Tavernier ou par Kahn. Pourtant, il reste du film de Pialat une authenticité qu'on ne retrouve pas dans ses plagiaires. Qu'est-ce que vous voulez, c'est la magie du Maurice, quoi, ce style absolument inimitable malgré les tentatives.

On a donc droit à un polar qui ne ressemble à aucun autre : Pialat filme tout ce qu'on ne filme pas ordinairement dans les polars : le temps qui passe et s'étire, la frontière floue entre flics et truands, le ridicule achevé de la petite pègre, les concessions de chacun avec la loi, et surtout l'absence totale d'action dans la vie d'un flic ordinaire. Tout le génie du film est d'éloigner le spectateur de ce qu'il attend (une intrigue, ici quasi-inexistante ; des flingues, qui ne servent jamais) pour l'emmener sur des voies inattendues, en l'occurence des raports amoureux assez troublants entre l'inspecteur et la petite truande Bonnairede service. Dans un premier temps, Maurice nous présente le Depardieu habituel, lourdosse, tout en gueule, mettant des mains au cul  de ses collègues et des baffes dans la gueule des dealers. Et puis, subtilement, il l'oriente vers autre chose : la jolie scène entre Depardieu et Marceau dans la voiture nous montre un Gégé incroyable de douceur romantique et de faiblesse (beau clin d'oeil, dans cette scène, à Truffaut, et pertinent : Truffaut est un des seuls à avoir capté la véritable fragilité de Depardieu). Ce qui commençait comme le portrait presque documentaire d'un commissariat s'oriente alors vers une quête de l'amour impossible, et Depardieu devient la victime de la minuscule Marceau, dont la frimousse juvénile est aussi grosse que le poing du Gégé.

En parallèle, la galerie de personnages secondaires est absolument parfaite, d'Anconina à Bonnaire, de Mathou à Pascale Rocard. Chacun a sa place pour développer l'univers de Pialat, un univers comme il se doit sombre et desespéré. Pourtant, Police pourrait bien être un des films les plus "positifs" du gars, malgré la noirceur affichée de l'ensemble, et la citation prononcée par Depardieu ("Le fond de tout est horrible"). Par la sincérité des rapports amoureux, depardieuPialat tente un retournement de ses thèmes fêtiches (remember Nous ne vieillirons pas ensemble ou Loulou). Il faut reconnaître qu'il est moins à l'aise dans "l'amour vrai" que dans la rupture. Sophie Marceau ne l'aide pas, d'ailleurs, elle est très fadasse et on sent qu'elle n'arrive pas à comprendre et à adhérer au style Pialat. Son jeu manque réellement de profondeur, là où elle aurait dû trouver son plus beau rôle. Il faut dire aussi qu'elle est affublée de chemises immondes que Mary Hingalls aurait trouvées trop mièvres (Pialat a toujours eu un gros problème avec les costumes, ce me semble). Du coup, la deuxième moitié du film, qui se concentre sur ses rapports avec l'inspecteur, manque de réelle sincérité. Très vite d'ailleurs, Pialat revient à sa misanthropie, et laisse l'amour se déliter sur fond de banlieue parisienne glauque. Le dernier plan, d'une beauté incroyable, fixe un Depardieu perdu et seul qui redonne un peu de lumière à ce film trop hésitant entre deux univers.

La partie "policière" reste donc la plus réussie, le légendaire naturel des dialogues et du jeu d'acteurs y fait une fois de plus merveille. Pialat semble parfaitement connaître les milieux interlopes de Paris, et ses petits voyous qui se prennent pour des caïds sont criants de vérité. On ne peut que s'incliner devant le génie réaliste du gars Maurice.