22 janvier 2008
There will be Blood (2007) de P.T. Anderson
Bon je dois bien reconnaître en préambule que ma copie n'est point parfaite et que dix minutes (genre milieu de dernières bobines) semblent avoir disparu... J'ai d'ailleurs hésité avant d'en dire deux mots en attendant de meilleures conditions, j'y reviendrai à l'occasion...
Cela dit, P.T. Anderson livre un film ample, sans finalement beaucoup de ressorts narratifs, limitant ses dialogues à l'essentiel, ce qui constitue sûrement la plus grande réussite du film; on assiste au combat, comme deux locomotives lancées l'une contre l'autre sur le même rail, entre un homme d'affaires dans le pétrole proprement diabolique (Daniel Day-Lewis, éblouissant) et un homme d'église, véritable show man habité (Paul Dano, l'ado de Miss Little Sunshine, moins convaincant, qui frôle le petit numéro...). Si celui-ci est dévoué pour sa congrégation, celui-là est un homme sans foi ni loi, venu de nulle part, prêt à tout pour défendre ses intérêts financiers; les scènes cruciales où ils se retrouvent face à face - notamment dans l'église et à la fin - sont de véritables morceaux de bravoure où l'on ne sait lequel finira par avoir l'ascendant sur l'autre. Il faut avouer que les deux personnages sont à ce point excessifs qu'on finit par se demander ce qu'ils incarnent vraiment: s'il s'agit d'un combat entre un charlatan et un homme pourri jusqu'à la moelle, le combat est certes spectaculaire mais finalement pas réellement signifiant dans ce qui se voudrait un genre de grande fresque américaine du début du XXème siècle "mettant en scène" deux idéaux contradictoires... On plonge surtout dans une grande noirceur avec des éclats de violence, sur une musique - un peu trop omniprésente - angoissante au possible (certains accords de violons ont dû être piqués à Philip Glass...), en se demandant jusqu'où ira l'infernal personnage interprété par Day-Lewis pour assouvir sa soif de l'or noir: sans attache, prêt à tout sacrifier, ce "self made man" livre un "one man show" proprement époustouflant mais un peu trop radical pour être crédible... C'est d'ailleurs justement là que se situent les limites d'Anderson, pas vraiment connu pour faire toujours dans la dentelle.
A chacun de plonger ou non dans les abysses des puits de pétroles, j'avoue pour ma part, quitte à faire normand, demeurer un poil sceptique en attendant une seconde vision...
22 mai 2006
Magnolia de Paul Thomas Anderson - 1999
Excellente surprise que ce film de P.T.Anderson, qui ne m'avait que très moyennement intéressé avec Punch-Drunk Love. Magnolia est un film-choral, ce qui ne veut strictement rien dire quand le concept de film-choral ne débouche pas sur un fond cohérent. Ici on assiste à un véritable exercice de style, parfaitement pris en main par un cinéaste virtuose. C'est même extraordinaire de voir comment Anderson arrive à rendre compréhensible et passionnant un film aussi complexe, long et casse-gueule. Tous les personnages sont intéressants, et tous portent leur part de poids du monde (le film est très triste, très nostalgique) avec un comportement différent. Les acteurs sont pour beaucoup dans la compréhension "psychologique" du scénario, on aurait du mal à en privilégier un (bon, allez, peut-être que Cruise est un chouille cabot, mais son personnage aussi, alors pourquoi pas ?).
Mais ce qui est le plus épatant c'est la pure forme du film, avec des plans-séquence dignes des Affranchis
de Scorsese, un montage hyper-sophistiqué mais qui dépasse toujours la simple esbrouffe ; une utilisation du temps extraordinairement maîtrisée ; une mise en scène très ample, profitant de son espace (les décors sont parfaits), en cherchant toutes les possibilités, essayant des choses pour amener d'autres visions des personnages (parfois l'impression d'un work-in-progress, genre que j'adore) ; un goût pour la "surprise esthétique" toujours intelligente. J'ajoute que, même si je ne partage pas vraiment les goûts musicaux d'Anderson, il utilise la bande-son de façon très originale et émouvante : il y a au centre du film une chanson reprise par tous les personnages, clé de voûte de l'ensemble, qui rappelle les émotions des grandes comédies musicales. Trouver ainsi l'homogeneité d'une histoire à travers la musique, par un moyen aussi "évident", aussi simple, c'est très
grand. C'est ce que j'essaye désespérément d'obtenir au théâtre, l'enfoiré de P.T.
Bon, j'aurais bien deux-trois réserves sur le scénario lui-même, mais je viens de passer trois trop bonnes heures pour reprocher quoi que ce soit ici à Magnolia. Respect total.
