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Il est des films, comme ça, qui ne cessent de vous glisser entre les doigts, un peu comme une truite :  lorsque finalement vous mettez la main dessus, vous ne savez malheureusement point si vous aurez là la prise de l’année ou du menu fretin. Je pencherais plutôt, après une rapide réflexion, vers la deuxième option… J’avais donc commencé à regarder la chose il y a quelques mois mais finissais par décrocher au bout d’une heure en raison de sous-titres approximatifs…  Je me lançais alors il y a quelques semaines dans la lecture du bouquin, agréable (Pynchon, quand même), mais m’arrêtais bizarrement au tiers… Le Vice ne cessait de passer à travers les mailles du filet. Finalement, hier, je décidais après un pack de bières de m’attaquer à la chose, le cœur joyeux. Pas de doute, Joaquin Phoenix se glisse dans ce personnage de détective sous drogue douce comme de la marijuana dans du papier à cigarette. Rouflaquettes et cheveux au vent, notre ami, avec son regard d’ahuri constamment perdu, fait mouche. Il demeure la grosse attraction de ce film. Les seventies, mini-jupes, sexe et rock’n’roll ? Après un départ sur les chapeaux de roue - il faudrait que je mette la main sur ce salon de massage thaïlandais -, l’érotisme s’évapore et le film d’Anderson devient aussi tentateur et provocateur que Mimi Mathy en mini-jupe (genre). Bref, un pétard sensuel mouillé, une fausse piste… Des fausses pistes, il y en aura d’ailleurs beaucoup, dans cette enquête qui part forcément en vrille : Joaquin se fait-il son propre film sous substances illégales ? La bulle sociétale seventies n’est-elle qu’une immense mascarade ?  Au cours de l’enquête, on passe d’un personnage à l’autre (d’un saxophoniste anti-communiste à un biker nazi amateur de batte de base-ball : des individus gratinés, comme on dit) sans que la logique aille toujours de soi… Cela fait partie forcément du trip. Le fil rouge reste au moins clair : Joaquin veut retrouver Shasta - son ex-petite amie - et savoir ce qu’il est advenu de ce milliardaire, entrepreneur immobilier, qui a soudainement décidé de donner gratuitement des logements (le flower power est puissant, mon frère). Est-ce suffisant pour nous faire délirer ?

coy and the gang

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Eh bien non. On sent bien qu’Anderson met le paquet, un peu comme dans un Tarantino de base, sur ces rencontres qui s’enchainent : des types avec des tronches, des caractères de merde, plus ou moins dangereux, plus ou moins imprévisibles. Dans cette galerie de portraits hauts en couleurs ohohoh, on croise Owen Wilson le nez en vrac (trop vu en trublion : pas drôle) ou encore Josh Brolin, mieux. Ce dernier incarne un flic aussi droit que les bananes au chocolat qu’il suce (et quand je dis sucer…) sont tordues. Personnage autoritaire en public, un peu paumé en privé (chez lui, c’est son gamin qui lui serre ses whiskies (one point) et sa femme qui porte la culotte (one point en moins)), il est le seul, en contrepoint à cette larve de Joaquin, à vraiment nous intéresser - il pourrait d’ailleurs bien s’agir de la vraie victime (il a perdu son compagnon, pardon, son collègue en cours de route) de toutes ses affaires de politico-policières de corruption et de trafic de drogue. Joaquin, en perpétuel flottement entre les limbes marijuanesques et les mauvais coups, n’est pas le plus à plaindre dans l’histoire, retombant amoureusement sur ses pieds à la fin de ce (bad or good or groovy ?) trip. Une déco vintage qui perd de son cachet au fil du temps, une BO musclée qui perd du nerf au fil du film, des personnes starbées qui perdent de leur intérêt au fil de l’eau : une première bouffée plutôt euphorisante (merci Joaquin pour ce personnage vaporeux et poilu) qui retombe bien vite. Un pétard mal tassé.

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