9782246817598,0-5032645Pour combattre les injustices de notre bon vieux pays, on peut au choix adhérer à un parti, manifester ou fuir en Lozère ; on peut aussi choisir l'option d'Alain, narrateur de ce roman, effectivement un poil VNR : décimer les coupables. Il est arrivé un moment où notre compère en a eu ras le bol d'encaisser les coups sans pouvoir répondre ; maintenant il passe à l'acte, kidnappe les personnes qui lui ont fait du mal, les torture puis les occit tout à fait, parce que, bon, y en a marre. Et le plus drôle est qu'on le suit complètement dans ses actes, déposant en lui toute notre rage de voir le monde tel qu'il est, et rêvant à sa place de butter les fâcheux (moi, ça serait Xavier Dolan, ma voisine, et Jean-Pierre Pernaut). Tout démarre sur un petit patron qui harcèle la femme du héros : le couple porte plainte, mais le gars s'en sort sans dégâts, la psy de service convainc la victime que le vrai problème est dans son couple, et l'avocate s'en bat les yeuk. Pour couronner le tout, notre héros est licencié à cause de l'inaction d'un politique frileux. C'est la goutte d'eau, notre gusse passe à l'acte. Mais avant, il explique à ses victimes le pourquoi du comment de leur présence sous ses outils contondants. Ce monologue prend la forme d'une longue litanie à la musicalité miraculeusement bien balancée, où l'argot, vraiment bien senti comme langue populaire capable d'exprimer les choses bien mieux que le langage châtié, sert d'exutoire comique à la violence de la situation.

Car, oui, Laurent Chalumeau est un violent, un type qui prend la littérature par le fond de son pantalon et vous la secoue façon prunier, histoire de voir s'il en sortirait pas quelque chose d'un peu juste sur l'état du monde et la révolte qui gronde. Mais c'est un violent esthète, qui a le bon goût de traiter la langue française en vrai sculpteur, doté d'un sens de la formule imparable et qui sait ce que c'est que le rythme de la langue et la sonorité des mots. Mais on est pas là dans le folklore désuet à la Michel Audiard : la langue importe à Chalumeau, et son style est brillant, très précis. S'il manipule l'écriture dans tous ses aspects populaires, il sait inventer une langue d'aujourd'hui, colorée, imagée, jouant avec la vulgarité autant qu'avec les Belles Lettres. En tout cas, son bouquin est franchement hilarant, et défoulant : on se marre, on a un peu honte de se marrer, et en même temps on se dit que voilà enfin un gars qui a pris le problème à bras-le-corps et qui en donne une solution sinon viable (car il est mal de dépecer des ministres et des psys), du moins apaisante. A l'heure où balancer les porcs est à la mode, Chalumeau va encore plus loin, et propose d'en faire du hâchis. VNR est punk et politique, et donne une voix à toutes nos frustrations de dominés. Pour ça, merci à l'auteur...