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Je n'ai que très rarement vu un de ces gros blockbusters qui tâchent dont les ados raffolent, mais là je viens d'en prendre un shoot qui me laisse dans un état proche de la serpillière usagée. Ready Player One vous fait passer par une épreuve visuelle très éprouvante, et on doit toutes les cinq minutes baisser les yeux devant les flashs d'images subliminales, de sons tonitruants, d'écrans remplis de millions de détails que Spielberg nous offre à regarder et à écouter, le cerveau en berne et les sens titillés façon épilepsie. C'est donc avec un tic nerveux aux paupières qu'on sort de cette merdouille, en se disant que si on avait pas vu au générique le nom de Spielberg, le roi du plan long, le maître de la scène d'action lisible, on n'y croirait pas : voilà une bouillie visuelle qui ferait pâlir de jalousie Michael Bay, un chaos illisible et complètement con qu'on n'envisageait pas possible chez ce vieux briscard de Steven, qui sut jadis fabriquer des scènes d'action idéales pour Indiana Jones ou ses dinosaures. Il y a 12 plans/seconde dans Ready Player One, et pas un ne mérite qu'on s'y attarde : on est dans le tout-venant putassier du film de super héros bas du front, qui compense son manque d'ambition formelle par de la vitesse à tout prix, qui tente de vous rendre sourd et aveugle pour mieux vous faire oublier qu'il est inaudible et laid. On a parlé d'un travail sur l'enfance, moi je dirais plutôt que c'est un retour très dommageable à l'enfance ; on dirait que Steven a vu les torchons servis par ses compères en blockbusters, et qu'il a voulu les copier : aberrant...

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Le scénario en deux mots : un Blarkix doit trouver un oeuf de Goltax dans les antres du cyber-blorqwx, et arriver à dénicher des clés aidé par C-frux et DEm88grd, tout en luttant contre l'infâme Dan-Ar-Braz et ses e-rcbgzcv volants. Inutile de dire que c'est passionnant. Mais que je n'ai rien compris, également. Il doit falloir être un habitué des jeux vidéo pour capter le début d'une piste dans cette histoire sidérante, qui a pourtant l'air de traiter très sérieusement de quelque chose. Dans le doute, on attrape quand même ça et là des allers-retours entre des enfants jouant à un jeu dans la vie réelle et leurs avatars dans le jeu, et on comprend que le créateur du jeu a planqué des indices dans celui-ci (?) pour trouver un oeuf brillant (?) qui servira à devenir propriétaire du jeu (sauf que le héros, je crois, refuse à la fin, et que le type trouve ça super fûté de sa part). Les personnages utilisent le mot de "rosebud" avec délices, pour bien montrer qu'il y a du matériau derrière. Mais ça n'est qu'un motif brandi pour faire sérieux. Comme le sont d'ailleurs toutes les allusions pop essaimées dans le film, une imagerie 80's fatiguée de servir (les Rubbik's Cube, la DeLorean de l'autre, le tricératops, la console Atari, etc...) : un peu putassièrement, Spielberg se rattache à des motifs à la mode, qu'il a d'ailleurs lui-même largement contribué à rendre mythiques, mais la citation tombe à l'eau : le film semble brandir ces lambeaux de culture comme de misérables fétiches au milieu du chaos contemporain du gros film qui tâche. Loin de la rendre attachante, toute cette imagerie pop semble récupérée par la machinerie hollywoodienne et ne servir que de témoins à la marchandisation de notre enfance.

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Au milieu de cette soupe commerciale, perdue dans les images de synthèse moches et les démonstrations de jeu vidéo vaine, émergeant parfois de ce cinéma d'écrans verts à la photographie immonde, tentant de faire entendre sa voix au milieu du non-jeu d'acteurs pixellisés mais cabotins à mort, au milieu de ce cinéma qui ne fait même plus semblant de ne s'adresser qu'à des ados crétins, il y a de temps en temps, c'est vrai, la petite voix de Spielberg qui surgit. Dans une scène très audacieuse qui recycle Shining de Kubrick par exemple, dont on ne sait si elle est franchement ridicule ou franchement géniale : une relecture méta assez intrigante, où les personnages modernes explorent les couloirs du film d'époque, au cours de quelques minutes où on se dit que, oui, là, ok, ça y est, on peut peut-être arriver à tirer quelque chose d'adulte de ce produit commercial à la con. Ou dans ce personnage très fugace de geek fan de jeux vidéo, adolescent mutique qui rappelle le vieillard de la fin de 2001, autoportrait assez interloqué du gars Spielberg qui se demande bien ce qu'il fait là. Allusions kubrickiennes, on le voit, et on se prend donc à comparer Ready Player One à A.I., en se disant qu'il y avait dans le deuxième toute la douleur, la personnalité, la clé cachée emblématique de l'oeuvre, et qu'il n'y a plus dans le premier qu'une mécanique commerciale qui tourne à vide et ne sait raconter que sa propre efficacité crétine.

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