Die-Abenteuer-des-Prinzen-Achmed-de-Lotte-Reiniger-1926-Les-aevntures-du-Prince-Ahmed

Voici, mesdames et messieurs, le premier long-métrage d'animation de l'histoire du cinéma, officiellement en tout cas puisqu'il est vrai que c'est discutable. On imagine en tout cas la somme de travail qu'il a fallu à Reiniger pour fabriquer cette heure de film d'une grâce infinie, et on reste béat devant la perfection formelle du bazar : la fluidité des mouvements, l'invention des univers, l'excellent rythme des séquences, la richesse de la grammaire cinématographique en oeuvre ici sont tout simplement extraordinaires, et on se dit, vieux con, que les films d'animation d'aujourd'hui auraient le début du commencement de la magie enfantine de ce film qu'on irait plus souvent les voir.

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Bref. Reiniger utilise la technique du papier découpé pour raconter les extraordinaires (faites rouler les r) et trépidantes aventures du prince Ahmed, directement sorties des Contes des mille et une nuits : une histoire de cheval volant, de démons, de sorcières, de lampes magiques, de princesses enlevées par des califes, enfin vous voyez le genre. Ca organise des combats de diables que les Pokemon c'est du petit lait à côté, ça traverse les espaces à bord de palais volants, ça lutte à mains nues contre des serpents géants, ça repousse des armées de démons, et ça finit par s'épouser dans les chateaux dorés, rien de bien nouveau sous le soleil. Reiniger sélectionne soigneusement les épisodes les plus saillants et les plus spectaculaires du bouquin et les compile pour un scénario qui ne nous épargne rien en termes de magie et d'événements. Avouons-le : on se moque comme de son premier caleçon de bain de la trame, et on se contente de baver légèrement devant le grand spectacle proposé. Devant des arrière plans rétro-éclairés, la dame dispose des "décors" superbes, souvent de simples brumes oniriques, teintés en couleurs primaires (jaune, bleu, rouge) ; au premier plan, elle anime avec une précision diabolique ses pantins. Toute la magie de l'enfance est là, à la fois dans la naïveté de la technique "2D", dans cette absence de réalisme, que dans la splendeur des personnages, des décors, des effets. Avec trois coups de ciseaux et un décor coloré, elle fait naître tout un monde, très personnel, et parvient à déclencher un imaginaire merveilleux alors même que le procédé est ultra simple. Dans le détail, les mouvements des personnages sont des trésors d'observation : Reiniger arrive à rendre l'étonnement d'un chevalier ou l'effroi d'une princesse par de simples postures (le film a des côtés asiatiques), par le placement d'une main, par la position d'une tête. Un travail minutieux et patient, qui déclenche une "suspension de l'incroyance" du début à la fin. 90 ans au compteur, et pas un pète de jeu : le film est toujours un enchantement.

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