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Voici donc le tout premier roman de Tanguy Viel et j'avoue avoir été un tantinet déçu. L'auteur nous livre une sorte de stream of consciousness d'un type enfermé dans un hôpital : ce dernier se rappelle ses trois comparses musiciens avec lesquels il vécut dans le fameux Black Note et essaie tant bien que mal de revenir sur les circonstances de la mort de l'un d'eux. Il s'agit d'un certain Paul, grand consommateur de drogue, qui fit preuve d'une certaine influence sur les membres de la troupe, le gars Paul qui se trouvait dans le Black Note lorsque celui-ci prit feu. Est-ce que le narrateur fut responsable de cette mort, là est la question ?... Tout ce que l'on sait au départ, c'est qu'avec l'aide des deux autres personnes pas super équilibrées, ils ont recueilli ses cendres dans une boîte en fer pour la jeter en mer. Voilà, voilà, voilà. On sent que notre homme est confus, a bien du mal, lui-même, à proprement définir ce que fut jusque-là sa vie et nous lâche des infos sur les circonstances du drame de façon parcimonieuse... D'où moult répétitions, moult hésitations, moult tâtonnements verbaux. On comprend forcément l'intérêt de lier le fond et la forme (un individu sous le choc, perturbé, ne va jamais s'exprimer de façon très claire, va sans cesse tourner autour du pot, en lécher le bord avant d'oser livrer un contenu qui se tient) mais diable que la lecture s'avère retorse, pour ne pas dire longuette. On s'attend à chaque page à un coup de théâtre, à une info qui donnerait un nouvel éclairage sur le récit (où se trouve-t-il vraiment, est-il sain d'esprit ou schizophrénique, paranoïaque et j'en passe..., n'invente-t-il complétement toute cette histoire mortifère...) mais à chaque nouveau chapitre, on s'embourbe un peu plus. Viel, pour cette première œuvre, n'ose pas encore vraiment s'engager sur le terrain de l'humour mais plutôt sur celui de l'étude psychologique et reconnaissons que l'ensemble est un peu laborieux... On sent que notre auteur brestois veut lutter en corps à corps avec les mots mais ce combat semble parfois un peu vain, ou disons un peu verbeux. Bref, il se fait les dents sur la littérature et, rassurons-nous, il saura par la suite se les aiguiser. Une note un peu noire pour ce premier ouvrage, certes, mais c'est aussi parce qu'on l'aime, notre Tanguy.