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Avant de partir en voyage (fi des tropiques, retour à l'urbanité saine), quoi de mieux que de se plonger dans un petit récit de tour du monde en 100 jours et des bananes en compagnie de Viel et Garcin (un livre à deux mains et quatre pieds, donc) ? Un tour de monde sans avion, ils insistent, histoire de sentir le sol et l'eau sous leurs pieds, qui les mènera de Marseille aux States puis au Japon, en Chine, en Sibérie, à Moscou avant de s'achever en bus jusqu'en France. On sent que les deux compères, loin d'être des aventuriers à la Indiana Jones, préfèrent laisser divaguer leur esprit au fil de l'eau (je pensais que le voyage en cargo était particulièrement chiant, il l'est), faire part de leur réflexion sur "l'idée du voyage à notre époque" plutôt que de nous compter leur multiples péripéties. Certes, ils ne peuvent s'empêcher, entre deux chapitres, de faire un bilan sur les animaux croisés, sur les proverbes à la con qui ont toujours leur usage quelle que soit la latitude, mais ce récit est surtout l'occasion pour eux de laisser disserter leur esprit très librement et parfois intelligemment notamment sur les notions d'horizontalité (les océans s'y prêtent tout comme le ventre mou des States), de verticalité (les villes américaines et chinoises) ou encore sur celles de "profondeur" (qu'il s'agisse du lac Baïkal ou de disserter sur la Russie "profonde"). Certes, on sent que nos deux hommes ne sont pas franchement émerveillés par ces traversées en cargo (l'un d'eux (re)lit la Recherche du Temps perdu - et ce voyage, en forme de recherche perpétuelle, prend presque des allures de temps perdu...), ou encore par cette visite de States (il y est plus question de la disparition des  indiens que de la présence des électeurs pro-Trump...) ; ils commencent véritablement à prendre plaisir à la chose en se perdant dans les méandres nippons qu'ils traversent en tout sens ou encore dans ces villages perdus de l'est russe, dans ces bourgades comme figées dans le temps. On est bien loin des clichés des guides touristiques, bienheureusement : on sent que nos deux hommes aiment à prendre du temps, à l'étirer au maximum, cherchant plus ici ou là le petit moment de grâce inattendu (dont ils feront parfois des listes en forme de bilan) plutôt que l'aventure pour l'aventure. C'est à la fois reposant, à hauteur d'homme et même si l'on se lasse un peu parfois des redites, ce petit compte rendu bi-manuelle de cette traversée au long-cours demeure fort plaisant ma foi. On eût aimé sans doute en savoir un peu plus sur leur vision de la Chine (ils ne s'arrêtent que quelques jours à Shanghai et Pékin) mais l'on se contentera de ces petites impressions de "voyageurs" (l'un quasi "professionnel", l'autre (le Viel) plus occasionnel ) qui tentent d'aborder de nouveaux horizons avec sagesse, patience et curiosité. Un travelling tranquillement mené sur de bons rails.