l-absolue-perfection-du-crime_couvMe suis encore régalé avec ce petit polar de Tanguy Viel que l'on imagine aisément transposable au cinéma (mais on n'a plus de réalisateurs de polar ambitieux, c'est dommage). Le narrateur, dès le départ, nous fait part de son petit côté désillusionné, peu impliqué, et vit comme un cauchemar l'un des ultimes coups programmés de la "famille" (trois types et un "oncle" mourant plus une pièce rapportée de dernière minute) : le casse d'un casino. Viel s'étend plus sur les états d'âme du gars que sur les préparatifs de ce gros coup, mais l'on sent tout autant la pression monter à l'approche de ce hold-up commis un jour de réveillon de l'an. Les quatre hommes et la compagne d'un certain Marin (que le narrateur exècre) se retrouvent une dernière fois ensemble quelques minutes avant de passer à l'action : deux seront en salle pour provoquer un scandale et attirer l'attention du directeur de l'établissement, l'un jouera au chauffeur, Marin s'occupera de l'anéantissement du système d'alarme et "la pièce rapportée" sera chargé de guider une montgolfière depuis le toit de l'établissement pour faire sortir l'argent du lieu ni vu ni connu. C'est ambitieux. Avant même de raconter en détail le déroulement du casse, on retrouve le narrateur encadré par le juge, les flics et les journalistes pour la reconstitution du bazar. Bref, cela a merdé quelque part et l'on a hâte de savoir pourquoi, de savoir à cause de qui... Le narrateur risque bien de payer pour toute la bande (si tant est que certains s’en soient sortis indemnes) mais l'on se dit qu'il ne sera pas du genre à pardonner : à sa sortie de prison le(s) coupables risque(nt) d'avoir de mauvaises surprises - ou pas.

On pense que Viel pète un peu en route la progression et le rythme de ce "roman d'action", mais c'est pour mieux nous faire ressentir l'état psychologique de son personnage central, un taiseux qui n'est pas non plus du genre à s'écraser. Le casse nous sera tout de même raconté par le menu et l'on se demande à chaque ligne à quelle étape le truc a pu foirer, qui a pu chier dans ses bottes... La préparation, le casse en soi et la sortie de prison de notre narrateur, sont tout autant palpitants et l'on se surprend à ne pas vouloir lâcher la chose faisant fi du découpage en chapitres - un dernier et puis je fais une pause, tu parles. Un récit ramassé qui nous met sous pression dès le départ et nous captive jusqu'à la dernière ligne. Délicieusement prenant, un récit qui respecte dans les règles de l’art les bons polars de casse. J'achète les droits, qui veut produire et réaliser la chose ? (on prend Bernard Giraudeau et Gérard Lanvin et on cartonne - ah oui déjà fait et plus possible dorénavant...)