PechesCapitaux_Plat1Alors oui, c'est vrai qu'on a tendance à faire un peu la fine bouche ces derniers temps sur les nouvelles parutions du père Harrison. Cela ne nous empêche point de nous jeter dessus à chaque rentrée, d'autant que celle-là semble bien molle en poids lourd (en attendant of course le Richard Ford qui risque de me combler pour l'année). Jim a tendance à abandonner ces grandes sagas historiques pour se laisser un peu aller au fil de la plume, balançant des phrases, comme on balance une mouche pour pécho des truites au fil de l'eau. En un mot, le style est parfois un peu plat (les paragraphes où toutes les phrases commencent par "il", les dialogues plan-plan) et le fond un peu léger (la violence, c'est mal). Certes notre bonhomme semble vouloir se coltiner à bras le corps ce qu'il estime être le huitième péché capital mais son pseudo roman policier (avec un serial killer au sein de sa propre famille de dégénérés) est aussi crédible qu'une papaye poussant en basse saison en Auvergne. A défaut de vraiment se retrouver immergé dans cette trame peu convaincante, on se contente de prendre plaisir à retrouver les éléments de base de notre auteur ricain chéri : ses petites histoires de baise un peu pathétiques (il rajeunit pas, le bougre), les amours déçues après lesquelles il continue de courir dans l'espoir que, les bonnes bouffes et la bibine, la pêche à la truite en Amérique... Si le style est un peu relâché, si les réflexions ne planent pas toujours très haut (le héros derrière lequel il se cache fut flic, ce qui lui évite, par la force des choses, de faire des raisonnements philosophiques ou des analyses littéraires trop poussés), on s'attache malgré tout à cet homme qui, en Amérique comme en Europe (petits voyages d’agrément du côté de l'Espagne et de la France), a cessé de se faire des illusions, prenant les choses au jour le jour... L'amour de sa vie l'a quitté ? C'est bien dommage mais cela ne l'empêche pas d'avoir encore des petites aventures émoustillantes. L'amour de sa vie va revenir ? Bon, ben ne nous emballons pas et espérons simplement qu'on ne va pas à nouveau tout faire foirer en se laissant aller dans sa petite pente douce égoïste. Un Jim Harrison qui est loin d'atteindre des summums mais qui nous permet tout de même de savourer quelques instants de vie paisible, un livre à la main et les chevilles baignant dans l'eau fraîche d'un sympathique cours d'eau.   (Shang - 13/09/15)


Harrison, Big Seven jacket art 9780802123336Mon compère a mis les bons mots sur ce texte, des mots anodins et légers comme le roman. Oui, on est loin des grands souffles épiques des meilleurs livres du maître, mais on sait maintenant depuis 15 ans qu'il ne faut plus attendre un nouveau Dalva, alors contentons-nous de ça. Péchés capitaux ne démérite pas au milieu des oeuvres mineures de Harrison, voilà à peu près tout ce qu'on peut dire ; il est même largement meilleur que Grand Maître dont il est la suite (enfin, en tout cas, c'est le même personnage). Il choisit pourtant les mêmes voies : le faux polar allangui, qui commence comme un roman noir mais se perd peu à peu dans les petites rivière poissonneuses et la recette de la daube aux champignons. L'ambition, pourtant, est plus forte ici, tant au niveau de la trame que de l'écriture. On sent que le gars aimerait bien parler de la violence intrinsèque qui habite son pays, depuis le massacre des Indiens (le grand thème harrisonnien) jusqu'à cette famille de rednecks qui s'entretue au fin fond de la campagne américaine. Une sorte de fil conducteur file à tarvers l'histoire ricaine, celle de la violence, que Harrison inscrit de façon assez désabusée comme le 8ème péché capital. Bon, c'est vrai que ça ne va pas non plus très loin, le gars préférant raconter ses aventures sexuelles improbables (il se tape des jeunettes de 19 ans qui sont absolument folles de lui, l'écriture a sûrement un effet consolateur) ou se livrer à ces pages écrites parfois franchement au kilomètre. On sent le pisse-copies dans ces innombrables répétitions, dans cette paresse de construction et de syntaxe. Le roman est bancal, mal fagotté. Pourtant, de temps en temps, il y a une vraie volonté de style, par exemple dans ces quelques pages centrales où Harrison concentre tour à tour tous les péchées capitaux dans un seul épisode ; ou dans ces passages toujours très habités de description de la nature. Harrison a un pouvoir presque chamanique d'évocation, quand il dit "truite" on voit la truite. On se contentera désomais de ça, une balade bucolique et amusante qui a tout d'une école buissonnière, et on cherchera le lyrisme du côté de ses élèves (je reviens bientôt sur le prodigieux bouquin de Peter Heller).   (Gols - 30/09/15)