9791091504256,0-2491692On ne change pas une équipe qui gagne, même quand elle a perdu plusieurs saisons de suite. Chevillard est de retour avec cette septième saison de L'Autofictif, on ne peut que s'en réjouir, même si (il ne nous écoute pas et n'en fait qu'à sa tête, que voulez-vous) on lui avait conseillé d'arrêter ce blog journalier qui commençait à s'user et de se concentrer plus sur ses romans. Tant pis : ce nouveau tome a encore de très beaux restes, et se trouve même être le meilleur depuis plusieurs années. On n'est plus dans le génie des premiers volumes, mais Chevillard parvient ce coup-ci à trouver un autre charme à l'exercice. Moins de formules ravageuses, moins d'absurdités et de démonstrations démentes d'imagination, mais à la place un ton apaisé, plus sérieux, qui plonge la chose vers le journal intime, l'introspection. C'est bien agréable. Le gars fait moins le malin, flirte avec des choses plus douloureuses (la vieillesse surtout, mais le regard qu'il pose sur ses contemporians est aussi plein d'une empathie un peu désabusée), et trouve un style certes moins frappant mais plus ample. Les moments les plus absurdes, finalement, sont réservés aux interventions de ses filles, véritables héritières du père sans le savoir ; le livre est aussi d'ailleurs là-dessus, sur la transmission, ces demoiselles occupant une très grande part des notes du recueil (avec, tout aussi parlant, le souvenir du père mort). On regrette bien sûr que le gars se perde encore trop souvent dans de longs paragraphes un peu trop complexes, dans le pire des cas ampoulés, pour dire des choses simples qu'il aurait dites jadis en trois mots et en éclatant de rire ; c'est moins pertinent, moins impressionnant, moins drôle aussi. Mais on prend acte du glissement du style chevillardesque vers des notes plus discrètes, et on aime aussi ça. Je l'autorise donc, allez, à produire une autre saison, pour voir.