vlcsnap-2015-06-23-17h25m51s170

Le Jean Grémillon nous sert un film bien exaltant en cette année 44 un peu lourde (...). Il réussit non seulement un grand film d'amour (Charles Vanel et Madeleine Renaud sont épatants, pour ne pas dire formidables), un grand film féministe (Madeleine a des ailes) et un grand film, en un sens, de (la) résistance (une populace qui vire en un tour de main, passant d'une foule vitupérant, menaçante à un peuple exalté, en liesse - il est presque visionnaire le Jean, sans vouloir faire le caustique). Tout tourne autour d'une histoire (vraie, oui madame) de record d'aviation mais le film est beaucoup plus que cela : un amour rare, une amitié sincère (j'en ai presque eu ma ptite larme, mais c'est sûrement mon passage en terre malgache qui veut cela), une émotion terrible - la fin vous laisse comme un avion sans ailes, tout penaud de l'extérieur, tout frémissant de l'intérieur.

vlcsnap-2015-06-23-17h26m28s56

Oui, il y a tout d'abord une complicité rare entre le Charles et la Madelon : tout commence par un déménagement (une exode, diront les commentateurs les plus historiens) et par un rêve d'espoir ; ok, il faut laisser le vieux garage de campagne pour faire de la place à un aérodrome, aller dans la ville et se refaire une clientèle mais rien n'est impossible quand on s'aime - et ces deux-là, c'est du nanan. Elle devra ensuite quitter les siens pour aller bosser à Limoges et le Charles devra lui promettre de cesser de faire des tours en avion pour qu'elle revienne : un amour frustrant ? Point donc, puisque les deux vieux amants vont finir par se trouver une grande passion commune : jouer avec les nuages. C'est lui qui est à la mécanique, c'est elle qui pilote et vas-y qu'on se tente un record du monde quitte à engloutir les économies, à se serrer la ceinture, à priver les gosses pour un temps. Ce record, je ne vous en parle même pas : il y aura la désillusion, le rebondissement, et puis la vaillance... à double tranchant - ça passe ou ça casse grave... Mais tout ceci est une question de pari, il faut savoir mettre l'amour en danger comme disait l'autre.

vlcsnap-2015-06-23-17h26m55s55

Madeleine est rayonnante, courageuse, héroïque et renvoie Pétain à ses fourneaux : nan la femme n'est point une petite ménagère servile, oui la femme a la foi, des cojones. Face au danger, elle se dresse, se libère, se dépasse. Madeleine Renaud renaît avec cette belle attitude de conquérante. Face à ce couple en proie à l'aventure, prêt à tout sacrifier pour être à même d'entreprendre leur rêve, il y a cette petite populace de province aussi domestiquée que ces orphelins qui marchent et chantent en troupeau sous la houlette du cureton local. Quand le Charles se retrouve enfermé dans son malheur (le joli plan derrière ces stores), prêt à payer pour sa folie, il se demande ce que le sort lui réserve : si sa femme ne revient pas, cette foule ne semble point prête à lui faire le moindre cadeau. Il n'y a que dans la victoire que cette dernière est solidaire et si le Grémillon ne nous servait pas une fin si émouvante, on trouverait presque au film quelque chose de grinçant... Mais il faut y croire, car ailleurs, dans le désert (l'historien opine), on continue de s’accrocher au moindre petit message d’encouragement. Grémillon aura du mal par la suite à vraiment retrouver cette faculté poignante à lier histoire intime et Grande Histoire mais qu'importe : cette œuvre garde for ever son parfum d'ivresse.

vlcsnap-2015-06-23-17h28m42s100