lehane

Lehane gonfle une ancienne nouvelle en roman pour faciliter une adaptation sur grand écran : ça n'augure rien de bon, et effectivement, on est très loin des grands livres du maître. Mais c'est pas non plus aussi terrible que ça en a l'air. Voilà une cuvée lehanienne bien gouleyante, qui se déguste comme un de ces vieux films noirs, et qui comporte son lot de personnages attachants, de pics de violence et de style bluesy. Le seul défaut à lui reprocher, c'est presque son trop grand classicisme, justement : on a lu et vu 100 fois cette histoire de petit mec rangé des voitures et qui est rattrapé malgré lui par des mafieux sans pitié et des femmes au lourd passé. C'est ce qui arrive au barman de Quand vient la nuit : parce qu'il sauve un chien trouvé dans une poubelle (ce qui est arrivé au moins 10 fois à la femme de Shang), parce qu'il rencontre une gonzesse fatale, parce qu'il ferme les yeux sur les trafics troubles de son patron qui fraie avec la mafia tchétchène, il va se trouver embringué jusqu'au coude dans un imbroglio criminel à base de faux braquages, de bras coupés dans des sacs poubelle, de biffetons ensanglantés et de libérés de prison avides d'en découdre. On sait dès le départ que ça ne va pas se terminer par une joyeuse ronde entre tout ce petit monde, et c'est exact : la violence fuse, et notre héros va devoir se salir les mains pour en réchapper, ou pas. Bien, rien de nouveau sous le soleil, qu'il soit de Brooklyn ou d'ailleurs. Mais malgré ces chemins tout tracés, on apprécie de retrouver ses marques, de se laisser faire sans réfléchir par une trame bien huilée, à la carrosserie nickel et aux finitions impeccables. Les personnages sont relativement bien dessinés, et Lehane, cinéma oblige, les décrit par le dialogue plus que par les actes, évitant tout discours indirect. C'est donc super vif, raconté dans la rapidité, efficace et direct. A mon avis, le film sera moyen, parce que, même s'il fait mine de n'écrire que pour le grand écran, Lehane conserve cette part de mystère d'évocation qui n'appartient qu'à lui (ou qu'à la littérature, disons) : dire en très peu de mots beaucoup plus que ce qui est dit, arriver à planter toute une atmosphère par une tournure de phrase anodine, faire "rêver" finalement... Dispensable, mais pourquoi s'en dispenser ?