9782253127369-TJ'ai été assez emballé il y a quelques jours par Le Voleur de Regards de Fitzek, une bonne raison pour se pencher sur ce roman antérieur qui a encore meilleure réputation. Bien déçu, il faut le reconnaître : une impression assez dérangeante en cours de lecture d'être en pleine malbouffe. Ce polar vous gave jusqu'à plus soif, mais vous laisse finalement sur votre faim. Il faut dire que, depuis Lehane et son Shutter Island, on commence à voir venir de loin ces histoires d'îles désertes symboliques et d'enquête autour de la schizophrénie. Il faudrait une bonne dose de talent pour parvenir à nous surprendre avec ça, et Fetzik n'en a pas assez. Voici donc un psy, complètement dévasté par la disparition incompréhensible de sa fille, qui s'enferme dans sa maison insulaire en pleine tempête. Il y est rejoint par une mystérieuse jeune fille schizo, qui va en même temps faire peser sur notre homme une menace angoissante (elle est armée jusqu'aux dents, se livre à des propos bien inquiétants et semble en savoir très long sur le gars) et le fasciner avec le récit de ses délires qui épousent de façon troublante la réalité. Vous voyez peut-être venir le bazar, qui est fou, où est la fiction, ce genre de choses : eh bien ce sera malheureusement exactement ça. Parvenir à deviner la chute d'un polar dès les premières pages, ce n'est jamais très bon signe ; même si Fitzek parvient, dans son ultime chapitre, à aller encore plus loin que ce qu'on attendait, il n'empêche qu'on n'est guère surpris. L'auteur ne s'épargne pas, pourtant, pour nous fournir notre dose de suspense : ses chapitres, très courts, se terminent systématiquement sur un cliffhanger ("Il ne savait pas que ce serait la dernière parole qu'il entendrait avant de mourir", ce genre de choses), et le gars n'est pas avare en rebondissements, sacrifiant d'ailleurs tout le reste (ambiances, personnages, écriture) au profit du seul suspense. Ca pourrait être agréable, après tout on demande aussi ça à un thriller ; mais l'écriture pauvrette laisse vraiment, du coup, apparaître ses mécanismes, et comme l'histoire n'est pas assez inventive, on finit par ne plus voir que les défauts de style. Bon, ce bouquin passe quand même comme de rien, vous laisse bouche bée plus d'une fois et est addictif comme une série américaine, ce qui est déjà quelque chose. Il vous procurera donc votre dose de nourriture vitale, à la manière d'un bon vieux BigMac.