Les-chiens-de-Riga_2Il est toujours bon d'attraper un Mankell quand l'été se fait attendre, et dans tous les autres cas aussi. On a droit ici encore à du solide et à de l'ouvragé avec cette enquête trépidante menée par le toujours valeureux Wallander. Cette fois, l'intrigue va l'emmener direct en Lettonie, pour une confrontation avec la dure loi politique de l'après Mur de Berlin ; l'occasion pour Mankell d'affiner son personnage encore récent à cette époque, et de lui donner ce caractère qu'on aimera particulièrement par la suite :  Wallander est un inculte, en tout cas n'est certainement pas un intellectuel, et n'a pas vraiment sa place dans le monde actuel. Desespéré par la noirceur de ses contemporains, dépassé par la violence du monde, candide face aux réalités du monde en-dehors de sa petite ville d'Ystad, il est une sorte de réac instinctif, certes brillant et courageux, mais aussi déconnecté du monde. Ca rend le personnage très vivant, et du coup ojn éprouve les aléas de son enquête avec la même dureté que lui, Mankell sachant très bien nous mettre au même niveau que son enquêteur. On n'a jamais de temps d'avance sur Wallander, on subit les mêmes errances et les mêmes triomphes.

C'est d'ailleurs un roman très linéaire que celui-ci. Contrairement aux trames plus complexes qui seront la marque des polars futurs de l'auteur, pas de flashs-back, pas de changement de point de vue, pas de trame parrallèle : on reste dans le récit en ligne droite. L'enquête y gagne en simplicité et en "pureté", mais c'est vrai que ce n'est du coup pas le meilleur opus ; ça aurait peut-être mérité un peu plus de complexité dans la construction en tout cas. Baste : on passe encore un moment douillet auprès de notre inspecteur nordique, et c'est un plaisir sans nuance que de chercher avec lui qui donc, diable diable, a tué ces deux messieurs à cravate en pleine mer dans un canot de sauvetage à la dérive. Beau travail d'établi.