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Il y a comme une évidence qui se dégage des films de Rossellini, une simplicité qui fait qu'il est bien difficile à la fois d'en voir les "coutures" et de ne pas totalement se sentir immergé dans son univers... Europa' 51 suit l'existence d'une bourgeoise qui, suite à la mort de son enfant (tentative de suicide apparemment puis embolie) va radicalement changer de vie, s'intéresser aux petites gens - ouvriers, prostituées, petites frappes - à leurs difficultés, leur joie (de vivre), leurs peines... Faisant montre de compassion, d'empathie (le film qui a le plus inspiré Bruno Dumont ? Je lui demanderai si je le croise sur la plage), en oubliant ses propres origines et notamment... son mari (Alexander Knox, aussi émotif qu'une bougie), elle va commencer par faire un tour dans les cités (le magnifique jeu de Bergman qui ne sait où donner de la tête), aller même à l'usine (montage eisensteinien pour montrer sa panique face à cette machine qui sort plus de papiers à la seconde que Morano de conneries), et véritablement partager la vie de ces gens de peu (une Giulietta Masina ultra bambinisée qui tombe enceinte aussi vite qu'elle tombe amoureuse, une prostituée mourante (et po vraiment glamour, néoréalisme les gars, pas de fantasme...), des parents sans le sou...). Elle abandonne tout, s'oublierait presque pour donner aux autres ce "surplus" d'amour qui la submerge : surplus d'amour ou simple humanisme ? C'est vrai que l'égoïsme, l'individualisme sont tels qu'on en finirait presque par oublier une certaine échelle des valeurs. 1951, 2013 mêmes combats ? Bah les films de Rossellini sont éternels donc forcément, on peut se poser la question...

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Il faut voir la pauvre Ingrid finalement conduite par sa famille dans un hôpital psychiatrique, observer l'effroi, l'incompréhension se peindre sur son visage (Bergman était belle à mourir mais également diablement bonne en tant qu'actrice, aussi à l'aise pour jouer les mondaines au sourire ultra-bright, parlant de tout et de rien, que pour incarner les Jeanne d'Arc modernes, regard perdu au loin, comme emplie d'une foi incommensurable pour la race humaine) ou encore la regarder face à ce prêtre auquel elle semble expliquer les paroles de la Bible, le message d'amour qu'il contient... Si cette bourgeoise semblait parfois, avec ses tailleurs, sa démarche droite comme un I, pas vraiment dans son élément lorsqu'elle fréquentait notre bonne vieille classe populaire, elle paraît encore dix fois plus "déplacée" entre les quatre murs blancs de cet hôpital pour malades mentales, pour personnes dépressives alors même que son amour est infini... On aurait envie de fracasser son couillon de mari tout penaud et inutile, de casser les barreaux de sa cage, de hurler (mais je m'emballe alors qu'on est dimanche, qu'il fait beau et que la mer est transparente) dans les oreilles de ces praticiens spécialisés pour qu'ils se réveillent... Bergman n'est pas folle, ni même une sainte, juste une personne sans doute plus humaine que la moyenne... Forcément, difficile de comprendre sa logique, sa foi, son dévouement... L'Europe sociale semble être condamnée avant même de voir le jour [réflexion politique, attention...]

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Fluidité de la mise en scène - dans l'appartement ou dans les cités -, montage invisible, actrice au top du top de sa forme (on boit Bergman comme du ptit lait tant elle semble totalement investie dans ce rôle - voir son air peiné lorsqu'on lui dit qu'elle trompe son mari... Poh, poh, poh) Aussi crédible dans ce monde clinquant qu'auprès d'une prostituée rendant l'âme, elle incarne à la perfection ce néo-réalisme rossellinien où l'art et la pensée sont sans cesse convoqués. Grand film "indémodé", indémodable.

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