9681648Je tente un petit retour sur les débuts de Djian, avec ce bouquin de nouvelles que j'avais dévoré dans ma prime jeunesse, avec la fièvre dûe bien entendu (et je pense que mon gars Shang avait dû faire la même chose de son côté). Bon, eh bien, 30 ans après, le constat est simple : ça fonctionne encore super bien. On comprend la bombe qu'a pu représenter l'arrivée de Djian dans la littérature française à l'époque : c'est rock'n roll, sexué comme pas possible, dérangeant, à l'encontre de tout ce qui peut se faire en matière de règles grammaticales, de bon goût et de politiquement correct. C'est bien sûr du côté des glorieux aînés ricains qu'il faut chercher l'origine de ces textes, dont certains apparaissent presque comme des traductions d'inédits de Bukowski : c'est la qualité et la limite du bazar. Qualité, parce que, comme le vieux Buk, Djian atteint cet équilibre entre humour et désespoir, et ne se gène pas pour mêler allègrement le n'importe quoi et le profond : il y a dans ces 11 nouvelles une vraie douleur, un spleen qu'il faut bien qualifier de mal de la fin de siècle, magnifiquement cerné et raconté comme une rock-star avec un style parlé et hyper-littéraire en même temps. Les phrases sont pesées, les effets de style, même les plus lourds, sont pleins de punch, l’écriture est d'une efficacité redoutable. Défaut parce que certains textes sont trop dans l'imitation (le gars qui se tape un cadavre, celui qui se fait casser la gueule avant d'aller traîner dans les bistrots), et Djian a encore parfois du mal à être autre chose qu'un petit Bukowski. Mais n'empêche : tout, des sujets au style, étonne, percute, épate. Le style est très "voyant", c'est sûr que le gars ne fait pas dans la dentelle pour faire entendre l'originalité de sa voix. Comme ce sera le cas jusqu’à aujourd'hui, l'écriture djiannesque sent le labeur et la sueur sous les bras, c'est vrai. Mais franchement, certaines formules, immédiatement repérables et qualifiables de "djiannesques" pour peu qu'on soit familier de son oeuvre, vous font bondir tant leur rythme est impeccable, tant le talent pour rendre les situations drôles est là, tant on sent qu'on assiste ici à la naissance d'un auteur. Un livre qui sent la jeunesse, c'est clair, mais qui sent aussi la bière, le soufre et le sexe : joli cocktail. Djian and my youth are not dead.