vlcsnap-2002-03-29-17h13m17s34vlcsnap-2002-03-29-17h15m34s124

Le Vol des Cigognes nous avait coupé un bras, Soy Cuba l'autre, La Lettre inachevée nous arrache le train arrière : mais même avec le tronc restant on est prêt à applaudir debout devant ce nouveau tour de force. Kalatozov nous convie a une petite expédition (ils sont quatre, ils sont braves, ils aiment leur pays) en Sibérie à la recherche d'un filon de diamants. On ne s'attend pas forcément à un parcours de santé, on assistera à une aventure pouvant faire passer Dersou Uzala à un pique-nique dans les gorges du Pouchelon. Nos hommes (le leader qui écrit à son aimée - le titre du film n'étant en soi guère rassurant... -, un jeune couple de géologues, Tanya et Andrei, et Sergei qui lorgne un peu trop sur Tanya) sont bien déterminés à aller de l'avant et à passer à la loupe rivières et sols sibériens. En théorie, il devrait bien y avoir des diamants dans la région mais à mesure que la quête progresse et que les hommes se retrouvent bredouilles, on se dit que la théorie c'est bien joli (allons, pas de parallèle politique, trop facile...) mais que la réalité, c'est une autre paire de manche... Nos hommes creusent, deviennent de plus en plus hagards et... miracle, oui, un filon est découvert... Ah !? Il suffit maintenant de reprendre contact avec la base et de rentrer à la casa... Oui mais... C'est sans compter sur les ptits problèmes techniques - la base, via la radio, ne les entend plus - et les gros problèmes naturels et climatiques : incendie dantesque, orage dantesque, chute de neige dantesque, bref l'enfer... Le premier tombe, le second épuisé se sacrifie, je ne vous fais pas le compte-à-rebours jusqu'au bout...

vlcsnap-2002-03-29-17h18m06s123vlcsnap-2002-03-29-17h20m00s236

Une aventure extrême, un combat contre les éléments, oui, c'est bien beau mais n'oublions point qu'on est aussi dans un film de Kalatozov : si je dis "incendie", c'est la moitié de la Sibérie qui est en flamme, si je dis "plans de folie" (Sergei Urusevski à la caméra est plus qu'un Dieu en son genre), ce sont des travellings en pleine brousse à deux mille à l'heure, des plongées prises du ciel ou du faîte d'un arbre, des plans-séquences où la caméra virevolte autour des protagonistes, si je dis "musique" c'est des violons à mourir, des zigouillis musicaux qui foutent les pétoches, des cuivres qui pètent les tympans... Ad lib. Chaque plan apparaît comme une réelle prouesse technique sans que jamais cela se fasse au sacrifice des émotions ressentis par nos quatre hommes : joie exacerbée (cette course dans la forêt après avoir découvert le filon coupe plus que le souffle), colère, espoir (un hélico puis en avion les survolent, sauf que... avec la fumée, avec les arbres...), désespoir, pugnacité, sens du sacrifice, delirium... Nos hommes s'accrochent, l'un à l'autre, contre ses troncs d'arbres vaillants, nos hommes progressent coûte que coûte pour pouvoir transmettre à leur chef l'emplacement des diamants, nos hommes tentent de garder la foi même quand tout signe des Cieux semble avoir déserté ces terres désertes...

vlcsnap-2002-03-29-17h20m23s222vlcsnap-2002-03-29-17h21m01s93

Que les flammes envahissent l'écran, que la pluie lamine nos hommes, que le froid les assaille, notre petite troupe qui se réduit au fil des jours tente de maintenir le cap. On souffre avec eux tout en étant constamment ébloui par la beauté de chaque plan, par les mouvements constants de caméra, par l'esthétisme et l'énergie qui se dégage, malgré tout, de chaque séquence. On finit, à l'image des quatre héros, exsangues... Kalatozov est immense, ce n'est malheureusement pas vraiment un scoop...

vlcsnap-2002-03-29-17h22m22s135vlcsnap-2002-03-29-17h21m35s179