9782742794560FSTout en retraçant la vie d'un quartier - Khan al-Khalili, quartier populaire du Caire -, d'une époque précise - la Seconde Guerre Mondiale -, Mafhouz dresse le portrait de deux frères qui vont tomber successivement amoureux de leur jeune voisine. A ma droite Ahmad, la quarantaine, qui semble être complètement passé à côté de sa vie, de ses espoirs. Devant sacrifier ses études pour faire vivre sa famille, il se morfond dans sa petite vie banale, rythmée par la lecture d'ouvrages "classiques" ou les discussions au café. Sûr de ses capacités voire de sa supériorité intellectuelle, il a bien du mal à regarder la réalité en face et à véritablement admettre le marasme qu'est sa vie aussi bien au niveau professionnel (petit fonctionnaire qui n'a point su gravir les échelons) qu'au niveau culturel (sa méconnaissance totale des penseurs contemporains). Quant au niveau affectif, il n'est pas loin du degré zéro mais se met à fonder tous ses espoirs sur la présence de cette jeune voisine avec qui il ose échanger, chaque soir, de furtifs regards... Seulement, comme à son habitude, l'ami Ahmad qui aime à se poser des questions (Mahfouz remplit des pans de pages avec ces multiples questionnements) peine à passer à l'acte... A ma gauche, son frère cadet qui retourne au Caire (il vient d'être muté dans sa ville d'origine) et qui va séduire en deux temps trois mouvements la belle Nawal... Si Ahmad passe son temps à tergiverser ("Il manquait de volonté, il n'était pas un homme de décision"), son frère Rouchdi croque, lui, la vie à pleines dents (il multiplie les sorties nocturnes avec ses amis, passant des heures à boire et à jouer de l'argent): sitôt qu'il croise le regard de la voisine, il n'a plus qu'un objectif : la faire sienne. Seulement contrairement à son frère, il n'est pas du genre à savoir ménager ses forces et la maladie ne va point tarder à fondre sur lui... La vie morne et plane de l'un (remplie de désillusions, de renoncements - une absence de "volonté" qu'il se tue à chercher à justifier) contraste avec les excès de l'autre, jouisseur taillé pour le bonheur (ces jolis passages où il accompagne Nawal sur son trajet à l'école) voué au malheur (sa longue décrépitude physique à mesure que la tuberculose gagne du terrain). La jeune Nawal va, malgré elle, révéler à quel point la vie de l'un semble vouée la frustration, victime de son manque évident de courage, et dans quelle mesure la vie de l'autre est destinée à se brûler aux feux du désir, victime de son incapacité à se raisonner, à se tempérer. Bien joli récit (je fais dans la sobriété aujourd'hui) que celui de ce "trio tragique" en ces temps troublés que nous conte le gars Mahfouz. Voilà, voilà...