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André de Toth aime les westerns neigeux mais montre qu'il n'est pas non plus un manchot dans le bon vieux film noir racé. Dès la première séquence, on est ex abrupto dans l'action avec ce gang de trois gaziers (le froid Ned Young, l'expérimenté Ted de Corsia, et ce couillon de Bronson, gros bras rigolard, que je n'avais même pas reconnu - normal, il ne s'appelait pas encore Bronson et n'avait point de moustache...) qui attaque une station-service. Un flic qui faisait sa ronde intervient, pas de bol, il est abattu froidement. Il parvient tout de même à blesser l'un d'eux qui, laissé par les autres, va tenter de trouver refuge chez un ex-malfrat, au rencart depuis des années ("Once a crook, always a crook", ben non, po lui). Ce sympathique Steve Lacey (Gene Nelson) vit tranquillou avec la chtite brunette Phyllis Sirk et veut en aucun cas avoir à nouveau affaire aux gens du milieu. Il est pas vraiment chanceux sur l'action car non seulement le type qui vient chez lui se faire soigner lui claque dans les doigts, mais les deux autres, une fois l'histoire étalée dans les journaux, ne tardent à rappliquer chez lui... Ces derniers lui mettent facilement la pression en menaçant de s'en prendre à sa gonzesse s'il ne file pas droit : voilà pour l'enclume. Côté marteau il y a le lieutenant Sims (excellent Sterling Hayden, comme d'hab) qui le tient à l'oeil ; depuis qu'il essaie d'arrêter de fumer, notre lieutenant n'est pas vraiment jouasse et, soupçonnant Lacey d'avoir replongé, toutes les occasions semblent bonnes pour le malmener - il ne se montre en effet guère tendre lors des interrogatoires.

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La grande force de cette excellente petite série B, réside dans la véracité de chacun des personnages et des situations. De Toth n'hésite d'ailleurs point, à la moindre occasion, à laisser sa caméra suivre les flics dans leur routine, des personnes en charge du standard à ceux effectuant paisiblement leur ronde - des séquences d'une poignée de plans, rapidement pliées mais qui font leur effet au niveau du réalisme. De Toth excelle également à aller droit au but - 72 minutes au compteur, pas de gras (de Sterling Hayden qui n'est pas du genre à prendre des gants pour tirer les vers du nez à un témoin au récit du casse final dans lequel on se retrouve plongé sans qu'il soit besoin au préalable de parler du plan et des repérages pendant des heures) -, à l'image finalement de son petit gang de malfrats qui n'hésitent point à utiliser la manière forte sans y réfléchir à deux fois - lors du braquage de la station-service et de la banque mais également lorsque l'une de leurs relations leur paraît suspicieuse : ce pauvre vétérinaire que cet ordure de Bronson assassine sous les yeux mêmes de ses chiens (scène angoissante avec ces terribles hurlements des toutous, on se croirait dans du Franju ; Charles, si je te croise, je te plante, y'a po prescription, même si t'es déjà mort...).

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Toute notre empathie va forcément vers ce petit couple trognon pris dans la tempête, le passé de Lacey lui collant inexorablement aux basques. Hayden ne semblant pas vraiment du genre à faire preuve d'un minimum de compassion, la confrontation finale entre Lacey et Hayden s'annonce haletante et nous tient jusqu'au bout joliment en haleine... Va-t-on vers la bavure (l'ex-fumeur est nerveux) ou vers le grand pardon (l'ex-fumeur, sous ses allures revêches, peut encore avoir deux petits poumons qui battent)... De la belle ouvrage, rigoureuse et efficace, de la part du Dédé - encore un cinéaste à creuser, ciel...

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