"Le plus décourageant
c'est qu'une fois poussière moi-même
je ne serai plus là
pour balayer"

9782378803049,0-8668687Premier recueil de poésie de Dominique A, on vous laisse imaginer, vue la mélancolie du gars, la poilade que ça constitue. Fidèle à sa profonde mélancolie et à sa modestie qui confine à la timidité, le compère pose sur la page quelques mots comme autant de petites traces discrètes de son passage : presque rien, parfois quasiment des haikus, pour dire la tristesse des jours, du temps qui passe, des paysages ternes, mais pour dire aussi parfois, non sans un certain humour distancé, la beauté fugace des choses. Ici un paysage de brouillard, très joliment rendue, là une rencontre, plus loin le plaisir de la solitude dans une maison isolée, la vie n'est pas qu'une horreur sous la plume de Ané, et on lui sait gré de nous montrer ainsi une facette parfois lumineuse de sa personnalité. Toutefois le ton d'ensemble est indécrottablement nostalgique, dépressif, tristounet : on reconnaît à 3 kilomètres cette écriture sobrissime qui a fait la marque de ses grandes chansons, et ses thématiques éternelles : l'attrait/détestation de la ville de son enfance, l'absurdité de nos vies dans le monde actuel, la peur des gens, l'incapacité à se mêler, la hantise du passé, la solitude, le vide, le manque. Il y a tout ça dans ces minuscules poèmes, rythmés et rimés avec délicatesse, qui parfois vous touchent très doucement, à la manière d'un Pirotte. Ané n'est pas Victor Hugo et se méfie des grandes envolées ; lui est plutôt dans l'infime, dans l'impression éphémère, dans le dessin rapide d'une situation a priori banale : une femme avec son enfant sur un manège, un chat qui s'invite dans la maison, son propre reflet dans un miroir, et c'est parti pour une petite dizaine de vers évocateurs et sensibles. Illustré assez curieusement par Baudoin, qui donne une vision assez enfantine de ces poèmes qui traitent pourtant plus souvent qu'à leur tour de la vieillesse, du délitement, le recueil manque un peu de cohérence. Dans ses mauvais moments, il ressemble un peu à cette poésie naïve où l'on assemble simplement quelques mots "poétiques" (forêt, aigle et absence, et c'est parti) sans chercher plus loin. Tout n'est pas égal là-dedans, et le bougre ne s’appellerait pas Dominique A, nul doute qu'on aurait sabré dans ces pièces très inégales. Mais dans ses moments inspirés, le gars touche doucement, comme savent le faire ses chansons qui, avec presque rien, vous restent en tête. Évocateur et sensible, un beau regard simple sur les choses simples.

"une quille en plastique rose
posée à terre
oscille"