tomber-sous-le-charme"Chroniques de l'air du temps" indique le sous-titre, et c'est exactement ça : Dominique A ne se prend pas plus la tête que ça pour rédiger ces billets au jour le jour, sans autre ambition que celle de mettre des mots sur ce qu'il voit, écoute, ressent, dans le but de garder une mémoire personnelle des choses. Ce manque d'ambition fait tout le charme de la chose : l'impression d'être en face d'un être de chair et de sang qui s'exprime, et pas face à un virtuose du style. Non pas que le gars soit dépourvu de talent de ce côté-là, bien sûr : ses billets sont rédigés avec taquinerie, avec beaucoup de dynamisme et un sens de la formule imparable. Très jolie écriture, ciselée, fine, attachante en diable, qui rend bien compte de celle qui imprègne les grandes chansons du sieur. Il met cette douceur, dans la première moitié du recueil, au service de la critique musicale, commentant des albums pour la plupart assez pointus avec une bienveillance qui lui fait honneur. Il le dit au départ : il n'aime pas la critique négative, tout en reconnaissant que celle louangeuse est plus difficile à rédiger. Le fait est qu'il parvient parfaitement à rendre compte de son enthousiasme, dans des lignes à la fois érudites, référencées, et d'une belle lumière. Pour avoir écouté du coup certains albums qu'il loue, le moins qu'on puisse dire est qu'il vaut mieiux le lire qu'écouter ses conseils. Mais c'est aussi ça, la bonne critique, et en tant que blogueur compulsif je ne peux que m'incliner devant la rédaction impeccable de ces articles.

Ensuite, le gars publie un journal de tournée écrit au fil de la plume depuis 2002. Pas destiné à être publié (ce qui n'est pas le cas des chroniques musicales ou littéraires), il se permet plus d'acidité : certaines salles en prennent pour leur grade, certaines "première partie" aussi. C'est une plongée au sein de ce qui fait le quotidien d'une tournée, parfois erratique (des salles à moitié vides, des concerts pourris), parfois atteinte par la grâce, toujours alcoolisée et mélancolique. C'est précis, mordant, écrit dans un style rapide qui n'exclut pas de vrais moments de beauté.

Pour finir : véritable exercice d'auto-critique. Dominique A tente de faire une critique "objective" de ses propres albums, et le fait est qu'il a la dent dure avec lui-même. Certains beaux albums sont méprisés ("Tout sera comme avant", un de mes préférés pour ma part) et même sur les disques qui le satisfont ("Auguri", "La Musique", "La Fossette"), il n'extirpe que quelques chansons, pointant son absence d'ambition (ou son excès, selon), sa paresse, son manque de confiance en soi qui le fait céder en intransigence. C'est discutable, assez douloureux, mais passionnant. Tout comme l'est l'ensemble de ce beau recueil en vrac, incontournable si, comme moi, vous sifflotez tous les matins sous la douche : "Parce qu'on est bien ici, mon Antoniaaaa"...