9782707345875,0-6270903J'avoue n'avoir jamais été un grand fan d'Echenoz, dont j'ai du mal à saisir à chaque fois les buts et l'humour. Mais j'ai voulu m'essayer au cru 2020 pour voir, puisqu'on nous dit qu'on a quand même là un grand écrivain. Eh ben toujours pas... Je n'ai toujours pas compris en quoi cette écriture fantaisiste et légère constitue un grand livre, et je ne comprends pas ce que ça raconte pour ainsi dire. Parce que je ne pense pas que le gusse aurait mis tous ses efforts dans ce scénario de boulevard très léger : Gérard Fulmard est un loser qui décide un jour d'ouvrir une agence de détective privé, sans posséder aucune base du métier. Il est contacté assez vite par le staff d'un parti politique vacillant, qui va l'entourlouper dans une sombre affaire d'enlèvements, de meurtre, de tromperie et de gabegie pour accéder à la tête du parti. A vrai dire, j'ai vite été perdu dans les arcanes de ce parti politique où conseillers, gardes du corps, experts en com et dirigeants se confondent avec un bel élan, mais ça ne semble pas être un problème pour Echenoz : le principal, c'est que Fulmard soit utilisé, et de décrire les minuscules faits et gestes de ce détective du dimanche aux prises avec une situation qui le dépasse. C'est parfois rigolo, quand EChenoz conclue ses chapitres sur un coup de théâtre matois ou quand on voit notre héros se livrer à une filature branquignole ou à une mission de surveillance toute boiteuse : le gars ne sait définitivement pas faire, mais sur un coup de bluff ça passe, et on se réjouit avec lui de le voir passer au travers des situations critiques avec sa bonhomie toujours en place. On apprécie même, allez, de voir Echenoz s'intéresser aux petites gens qui n'intéressent personne d'ordinaire, et dessiner avec tendresse et précision ce personnage à la Sempé.

Mais je suis resté pantois devant le caractère absurde (mais pas assez) du livre, qui semble accumuler les scènes en roue libre, sans jamais dévoiler de sens ou de but à la chose. Ça commence avec un bout de fusée spatiale qui tombe sur un supermarché, et c'est déjà singulier ; mais peu à peu la somme de détails tourne en rond, et à partir de ce fait bizarre Echenoz, sans frein, peut tout à son aise ajouter scène sur scène sans ordre, et nous lâcher par la même occasion. Il fabrique une sorte de chaîne d'événements à partir de celui-ci, mais une chaîne folle qui ne mène à rien, ni à un scénario qui se tient, ni à une homogénéité de style, ni à un intérêt dans la construction. Notamment, il insiste pour indiquer que sa mère a croisé par deux fois le drame dans sa rue (la mort de Mike Brant et le japonais cannibale qui avait bouffé une étudiante) sans qu'elle s'en rende compte ; et c'est un peu l'impression qu'on a nous aussi : côtoyer des événements, mais sans les partager, sans leur accorder d'importance, sans que ça nous touche. L'effet de surprise se relâche complètement, et on regarde s'accumuler sur la tête de Gérard Fulmard des situations dont on n'a pas grand-chose à foutre (et lu non plus, d'ailleurs), cherchant en vain ce qui diable a poussé Echenoz à écrire ce livre-là : l'histoire d'un homme ordinaire envoyé en mission banale dans un parti politique sans envergure. Sans moi. (Gols - 12/02/20)


echenoz_2020_fulmard_couv (1)Oui,  j'ai pour ma part un certain engouement depuis le départ pour l'ami Jean et toujours apprécié son petit ton pince sans rire, dans ses histoires pleines de mésaventures ou dans ses biographies finement ciselées. Mais difficile, sur ce coup-là, de ne pas donner raison à Gols. Cette (petite) vie de Fulmard part en vrille et pas grand-chose en elle ne parvient en effet à nous toucher. Comme les autres personnages de l'histoire (ces divers membres et seconds coureaux du parti politique) ont autant de relief qu'une feuiille de papier journal (on les confond tous, true), ce livre nous tombe un peu des mains. Même quand Echenoz nous fait le coup du "coup de théâtre" en fin de chapitre, rien ne nous pousse franchement à entamer la suite. Deux trois chapitres lus par-ci par là et peu de volonté d'y retourner... Les différents épisodes finaux, tragiques, n'amènent quant à eux que peu de sel à l'ouvrage, qu'il s'agisse du gueuleton de ce requin sorti de nulle part ou de cet incident improbable en salle d'IRM : elles laissent juste l'impression qu'Echenoz a une idée subite et, peu inspirée par icelle, n'a qu'une envie : lui trouver une fin au plus vite. Qu'il s'agisse d'une vie ratée avec ces divers ratés collatéraux (un kidnapping à la con, un coup de com à la con, un psy mafieux qui prend rarement la bonne décision, un parti politique avec ses multiples petites guéguerres internes), c'est un fait, mais fallait-il en faire pour autant un roman raté ? Peu de continuité dans l'histoire, peu d'intérêt dans les thèmes débattus, un humour un peu tiré par les cheveux, cette ultime mouture d'Echenoz laisse défintivement sur sa faim. C'est toujours un peu con les Gérard, de toute façon.   (Shang - 15/02/20)