9782757821459,0-1237352On a affaire là à du polar à l'épure, et c'est tant mieux. Pas de crimes à répétitions, pas de coups de théâtre incroyables, pas de rebondissements à chaque page, Kallentoft ne mange pas de ce pain-là. Un seul meurtre, même pas particulièrement sordide (un pauvre gars sans envergure est retrouvé pendu en pleine forêt), et l'enquête, rien que l'enquête, avec son patient travail d'investigation, ses espoirs, ses fausses pistes, ses supputations et sa foule de témoins-suspects-victimes. Hiver va droit son chemin, cultivant une sobriété de construction qui marque des points. On se passionne du coup pour ce whodunit à l'ancienne, et pour les mille et un virages que prennent les déductions de l'inspectrice Malin Fors et de ses potes les flics.

En plus de cette belle épure, Kallentoft n'est pas manchot pour deux choses importantes dans un polar : la véracité psychologique et le sens des atmosphères. Pour la première, des personnages bien dessinés, que l'écriture prend son temps pour rendre denses et riches, depuis les victimes jusqu'aux coupables. Pas de manichéisme là-dedans, tout le monde est plus ou moins corrompu par notre chienne de société et par la Famille toute puissante. Même si le roman peut tomber parfois dans le bon sentiment, voire dans un moralisme bien-pensant assez gavant, on croit aux protagonistes, à commencer par l'héroïne, mère de famille célibataire qui doit jongler entre son enquête et les premières amours de son adolescente. Beau portrait aussi de cette fratrie torve qu'on croirait d'abord issue d'un remake de Massacre à la Tronçonneuse et qui s'avère finalement plus complexe que ça. Côté atmosphères, là aussi, c'est réussi : le livre est plongé littéralement dans le froid glacial de l'hiver suédois, celui-ci semblant imprégner chaque paysage brossé pourtant en quelques traits rapides à chaque fois. Les scènes où on s'enfonce dans la forêt par exemple, sont d'une criante vérité, pleines d'ombres froides et de terreur d'enfance. Kallentoft a bien parfois de drôles d'idées (faire parler un cadavre par exemple, bof), il tombe parfois dans des caricatures (le couple d'adorateurs sectaires), mais l'ensemble est vraiment haletant et rassasiant.