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Pour essayer d'enrayer la série de blockbusters et de films divertissants que vient d'enquiller Gols, je me suis dit qu'un petit documentaire iranien sur une colonie de lépreux en Azerbaïdjan ne pouvait que nous faire du bien. Merci au passage au numéro 700 des Cahiers du Cinéma (un peu de pub, on ne touche rien) qui donne envie de découvrir encore et toujours quelques trésors secrets (qui ne respirent pas forcément l'optimisme, quoique...) du cinématographe. Montrer la laideur (car l'ignorer serait encore pire) pour que notre regard peu à peu passe outre et s'attache à voir, derrière ces difformités, toute l'humanité de nos frères... humains. C'est un peu comme cela que je prends la chose, là, comme ça, à brûle pourpoint. Oui, il est difficile de ne pas avoir parfois un mouvement de recul, de ne pas avoir envie de détourner le regard lorsque l'on rabote un pied comme s'il s'agissait d'un sabot ou lorsque l'on fait face à un regard blanc, aveugle dans un visage sans nez. Pas facile, non. Mais Farrokhzad nous montre ces êtres qui prient, qui font la fête (et Dieu sait que ce n'est pas toujours évident pour un lépreux d'applaudir), ces enfants qui jouent dans une cour de récré, qui étudient, ces femmes qui se maquillent... comme tout un chacun. Hein, finalement.

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Si en ce début des années 60, cette cinéaste iranienne semble illustrer à merveille le principe de la caméra-vérité, l'intelligence du montage, qui nous fait progressivement pénétrer dans ce tourbillon humain, est un aspect tout aussi intéressant : oui, on se prend en pleine tronche ces faciès boursouflés, ces membres rognés ; mais viennent ensuite les vers de la cinéaste-poétesse qui donne une voix à ces morts-vivants, à ces parias que l'on a exclus du monde, et viennent les images de ces gens simples qui vaquent tant bien que mal à leurs activités : celles-ci ne sont pas différentes des nôtres car ils ne sont pas différents de nous. Alors même que l'un des lépreux plombe l'ambiance (lorsque le prof lui demande de faire une phrase avec le mot "maison", il écrit "la maison est noire"), on en arrive à se demander si ce n'est pas notre regard qui, sur eux, est aveugle. Leur malheur, c'est de n'être sûrement plus regardés comme des êtres à part entière (j'ai le sens de la formule, hum...), le nôtre c'est sans doute de ne plus être capable de passer au-delà des apparences. Farrokhzad réussit ce miracle de nous faire pénétrer leur quotidien, là où personne ne va, là où personne n'a envie d'aller. Elle nous éclaire en quelque sorte sur ce monde que l'on se plaît à laisser dans l'obscurité... Une leçon d'humanité et de cinéma en quelque sorte. Ce n'est pas rien, non.

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