les-revenantsVoilà ce qu’on est en droit d’appeler un fucking page-turner, Laura Kasischke nous prenant par les coucougnettes dès l’ouverture avec un accident tragique que les journaux traitent de façon biaisée et ne nous lâchant plus jusqu’au bout - oui, je suis soulagé maintenant.  Un campus, une jeune fille appartenant à une sororité (ah ces bonnes vieilles traditions ricaines pleines de rites et d’épreuves) qui disparaît de façon tragique, son fantôme qui vient hanter une poignée d’étudiants… il n’en faut pas plus pour l’écrivaine pour nous tenir en haleine. Truffant son récit de flash-back pour nous faire revivre cette passion trouble entre une certaine Nicole et un certain Craig, Kasischke s’intéresse, « au présent », à quatre individus qui sont tous mêlés de près ou du loin à la disparition de Nicole : le Craig qui ne parvient pas à se remettre de la mort de sa douce (il conduisait la voiture le soir de l’accident mortel), son « pote » de chambrée, Perry, qui couchait accessoirement avec cette nympho de Nicole, une prof du campus dont la spécialité est le rapport des individus, des sociétés avec la mort et enfin une lesbienne qui a une aventures sulfureuse avec une étudiante et qui fut la première sur les lieux de ce curieux accident. Des personnages devant chacun faire face à des problèmes existentiels (la mort encore et toujours, la disparition, l’absence d’amour, l’indifférence d’un mari… ) qui vont se croiser pour tenter de résoudre cette énigme Nicole : une ambiance mortifère plane en permanence sur ce campus (les pratiques au sein de la sororité de Nicole s’enveloppant de mystère et de morbidité…) et seul le sexe semble pouvoir parfois permettre de « donner le change » dans cette atmosphère dépressive où les trahisons… et les cadavres s’accumulent.

Laura Kasischke parvient parfaitement à faire monter la sauce avec  des personnages féminins souvent auréolés d’un parfum de scandale - de cette Nicole (sainte-nitouche avec le Craig et peu farouche avec les autres mâles) à cette Shelly (solitaire vivant jusque-là paisiblement avec son chat qui va être entraînée dans une histoire de cul fulgurante avec une intrigante étudiante)… On ne cesse d’être balloté entre « film d’épouvante » et petite tragédie intime, chacun devant faire face à ses fantômes (dans tous les sens du terme), chacun devant tenter d’exorciser le passé pour continuer sa route. Kasischke nous mène sur le fil du rasoir (a-t-on affaire à une « basique » histoire de mort-vivants ou au récit - typiquement ricain - d’une manipulation à grande échelle ? Kubrick en aurait surement fait quelque chose de bien…) nous laissant tourner les pages frénétiquement jusqu’au dénouement… Un ptit goût de « reviens-y » dès qu’on quitte la lecture absolument fatal qui n’a de cesse de nous ramener à ce campus auréolés de pratiques guères catholiques. Mortel.