les-tetes-de-stephanie-romain-gary-9782070452279Gary s'est de temps en temps piqué au jeu de l'exercice de style et de l'hommage au genre, souvent pour le pire d'ailleurs (Charge d'Âmes, beuurk). Avec Les Têtes de Stéphanie, il s'essaye au roman d'espionnage pur jus, et si on est très loin des grandes oeuvres du gars, reconnaissons qu'on s'amuse bien face à la chose. Guère plus épais qu'un bon vieux OSS117, le roman nous emmène dans un pays du Moyen-Orient, récemment libéré du joug d'un dictateur, et dans lequel une mannequin est envoyée pour faire des photos et redorer le blason national ; mais quand autour d'elle les têtes commencent à tomber, quand les princes félons et les tueurs sanguinaires commencent à la harceler, quand les espions doubles ou triples s'entretuent autour d'elle, on comprend que derrière les ors des magazines people se cachent des trafics plus torves, à base d'armes de contrebande et d'enjeux politiques colossaux. Le contexte amène son lot d'exotisme, et Gary ne se prive pas pour multiplier façon super-production les décors, les ambiances et les personnages : désert aride, palais somptueux, pièces secrètes d'ambassades, on a l'impression d'un de ces romans d'évasion pour dames en manque de frissons. Ca remue pas mal, les scènes d'action sont particulièrement réjouissantes et les rebondissements pléthore. Certes, tout ça est très léger, mais se revendique comme tel, et on n'en voudra pas à Gary d'avoir pris une récréation entre deux projets plus sérieux, surtout quand elle prend des airs aussi classieux parfois : le personnage de Stéphanie, à rebours de ce qu'on attend d'un mannequin, contribue beaucoup à teinter ce cahier des charges exotiques tout tracé d'une certaine insolence, et quand on la voit péter les plombs et jongler avec les têtes coupées, on se dit que Gary a trouvé en elle un bien étrange personnage (à la Jean Seberg ? mmm...). On rigole bien, on bondit aux évènements de la chose comme dans un bon vieux Tintin, on rigole plaisamment, et on remarque que, même ouvertement dilettante, Gary n'est pas manchot pour trousser une description, affiner une formule ou déployer un style. Un roman tout à fait conseillable si vous avez quelques jours à passer à l'hosto, par exemple, tiens, mais dans les autres cas aussi.  (Gols 07/04/13)


garystephanieJe n'étais pas à l'hosto, juste dans des conditions climatiques extrêmes (adieu mon champ de bananes...) mais cela n'empêche point d'apprécier la chose. Mon compère fait le tour de la question concernant cette oeuvre récréative et pleine d'aventures moyen-orientales. Ecrit à l'époque sous le pseudo de Shatan Bogat, ce bouquin sent quand même son Romain Gary à plein nez avec cette déification de la femme (si belle, gentiment innocente (je n'ai pas dit sotte) et pure mais avec la tête... sur les épaules), ces héros couillus et virils (Rousseau...) et ces éternelles questions d'idéal - quand vous lisez un roman avec l'occurrence de ce terme à chaque page, c'est du Gary. C'est vrai que l'ensemble ne porte pas vraiment à conséquence même si Gary se fait un devoir de soigner chaque détail, chaque référence et ne s'interdit pas quelques belles envolées lyriques sous ce clair de lune qui brille sur le désert. La Stèph' (qui se remet difficilement d'une liaison avec un black... il y a de la J.B. là-dessous en effet) en a pour ses frais, elle, simple modèle de papier, qui se confronte à la violence et à la cruauté du monde (pasque lui, Gary, il sait, il a traversé toutes les épreuves tel un preux chevalier dévoué à sa Belle... une Belle si naïve mais tellement attendrissante : Gary le mysogine qui aimait les femmes comme dirait miss H.). Du bon divertissement de base qui bénéficie d'une écriture d'une grande fluidité littéraire (marque déposée...). Un roman de Romain, oui.  (Shang 02/04/14)