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Mis sur la piste de ce film grâce aux tops 10 de nos camarades blogueurs d'Il a Osé ! , que dire d'autre sinon qu'on a bien fait d'oser. On est dans le road movie in the city (un genre qui nous est cher avec l'ami Bastien) puisque l'on suit un ptit couple à la coule de buddy graffiteurs composés de la très fraîche Tashiana Washington et du tchatcheur Ty Hickson ; le pitch n'est qu'un prétexte (trouver 500 dollars, pénétrer dans le stade des Mets et graffiter une pomme - c'est culturel, ouais) pour suivre nos deux ptits jeunes débrouillards dans les rues new-yorkaises, découvrir leurs plans "démerde" et surtout leur plan loose. C'est pétillant comme tout, ça ne joue pas à l'arty pour faire arty, les dialogues sont suffisamment bien écrits pour qu'on prenne plaisir aux passes d'armes entre les différents protagonistes et aux diverses discussions qui partent en vrille (Ty qui aime à traiter de sujets originaux comme les éjaculations nocturnes ou qui tente des comparaisons très personnelles entre un préservatif et une kippa) et certaines séquences se consomment réellement avec un plaisir gourmand (Ty et une certaine bourge, Ginnie, flirtant grave en fumant de l'herbe, cette même Ginnie se baignant dans un "réservoir" qui domine la ville, la filature de Ginnie par Tashiana - le tout au pas de course - magnifiquement filmée dans ces petites artères ensoleillées, la "leçon" d'ouverture de porte par un vieux gars braqueur tatoué de haut en bas...).

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C'est certes léger comme tout - on n'est pas vraiment dans le film à thèse ou dans le film ultra-psychologico-philosophique - mais cela permet mine de rien, sans jamais tomber dans le misérabilisme facile à deux cents, d'évoquer une partie de cette jeunesse new-yorkaise black-blanc-black (surtout black, donc) qui vit de petits expédients, qui tente de trouver une manière "d'exister" avec une réelle pugnacité. Plus d'une fois nos deux amis se retrouvent le bec dans l'eau, obligés de repartir à zéro - s'ils arnaquent, eux aussi se font dépouiller (de leur argent, de leur vélo... ; on apprend aussi comment se faire un minimum de thunes en essayant de refourguer un téléphone volé : suivez la guide...) -, mais au lieu de baisser les bras, cela renforce leur solidarité et leur complicité. C'est linéaire, d'une belle simplicité et parfaitement monté sans faire "genre"... Belle petite surprise du début d'année... 2013 ; il fallait avoir l'oeil, et le bon, pour ne pas passer à côté - les séances de rattrapage à l'heure des bilans sont faites pour cela.   (Shang - 25/01/14)

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Ah, sous le charme tout autant que mon camarade. Voilà typiquement le genre de film modeste, faussement simple, qui peut vous arriver par surprise et vous attraper comme de rien. Il y a beaucoup d'influences là-dedans, de Spike Lee à Eric Rohmer, de Woody Allen à Jim Jarmusch, ce qui fait que Leon fait une sorte de pont entre le côté littéraire de la Nouvelle Vague et la modernité du cinéma urbain, reliant finalement un certain esprit hip-hop au romantisme désuet du XIXème. Oui, madame, pas moins.

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Ce qui touche le plus, ce sont ces dialogues finement ciselés, et le fait qu'ils prennent place dans un territoire très précis et très bien rendu. Leon sait ancrer la parole dans l'espace, et organise tout un réseau de plans, simples, où l'arrière-plan (escaliers, façades, caves, rues chaudes du Bronx) compte autant que le premier, où l'espace et le décor ont autant d'importance que ce qui est dit. D'ailleurs, la parole sert la plupart du temps à camoufler les sentiments, longues lignes de rodomontades, d'insultes fleuries, de crâneries diverses pour mieux dissimuler la vérité (un amour naissant entre les deux héros bien trop fiers pour le reconnaître). C'est cette façon de travailler la langue d'un territoire en parallèle avec ce territoire lui-même qui force le respect, d'autant que tout ça est fait sans ostentation, en restant du côté de la comédie légère. Leon montre beaucoup de choses (les deals, la débrouille, les embrouilles) mais sans faire du spectacle, avec la modestie des grands. Le catalogue de personnages, le sens des situations, la direction d'acteurs (tous impeccables), le parfait timing de chaque séquence, tout participe à ce bonheur simple, à cette discrétion de la mise en scène et de l'écriture. Il faut bien du talent, m'est avis, pour écrire aussi justement la scène de drague enfumée entre le jeune gars et la blonde fatale (ainsi que la très cruelle scène de désillusion qui s'ensuit), ou pour montrer sans la montrer la complicité touchante entre les deux protagonistes.

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Modestie ne veut pas dire transparence pour autant, et la mise en scène est très élégante, avec ces travellings tout jarmuschiens et cette façon de filmer toujours à hauteur de personnages, cadre bien parallèle au sol, à la manière finalement de cet autre humaniste qu'était Ozu. Oui les enfants, il y a là aussi un parallèle à faire entre les deux, dans cette manière de ne montrer que de l'humain, que du sentiment, pour mieux parler d'un contexte, d'un pays, de choses plus vastes (ici, par exemple, du fait que l'homme soit un loup pour l'homme). Très emballé.   (Gols - 02/04/14)