hitchCelui-là, mon gars Shang, je te le mets de côté pour quand tu repasseras dans ton pays natal. Parce que, vois-tu, c'est un livre qui semble avoir été écrit pour Shangols. On demande à Viel, en tant que critique de cinéma, sa liste de ses 10 films préférés, ce qui le plonge, comme tu l'imagines, dans des affres insurmontables : les 5 plus grands films du monde étant des Hitchcock (et là, j'appprouve frénétiquement), il ne reste plus que 5 places pour caser Bergman, Rosselini, Murnau et les autres. Taquin hommage à ces fameuses listes à la con dont mon camarade et moi sommes friands (je bosse sur les plus beaux cris de l'histoire du cinéma, Shang sur les meilleurs films avec escaliers), Hitchcock par exemple pointe avec humour la nécessaire partialité dont doivent se targuer les critiques dès lors qu'ils veulent faire leur boulot. Nos ennemis, sur ce blog, nous ont maintes fois renvoyé à la tête notre prétention et notre mauvaise foi ; Viel, lui, balaye tout ça d'une phrase qui m'a fait danser de joie : "Il n'y a pas de "pour moi" qui tienne : si je fais une liste de dix films, non seulement il va de soi que ce sont mes dix films préférés mais il va de soi aussi qu'ils doivent être les dix préférés de l'humanité toute entière." Beaucoup aimé également ces paragraphes sur le fait de sacrer une bonne dizaine de cinéastes "meilleur cinéaste du monde" (Hitch, Ford, Capra, Murnau, etc.) : oui, il y a plusieurs meilleurs cinéastes du monde, dans l'instant où on les regarde ils sont les meilleurs, et pis c'est tout. Bon, c'est vrai que sur le cinéma français, il est un peu plus consensuel (il envoie tous les films hexagonaux aux orties), et qu'on est forcément révolté, c'est le jeu, par certaines de ses sentences sans appel (Kubrick et Lynch sont à chier, en gros). Mais n'empêche : outre que le résultat est plus qu'honorable (puisqu'il place très haut Mission impossible de de Palma et Le dernier des Hommes de Murnau), le prétexte de cette commande donne lieu à un vibrant plaidoyer en faveur du parti-pris, envoie paître l'objectivité dans les prés de la bien-pensance et s'amuse joyeusement du sérieux attaché à la critique de films. Comme en plus s'y dévoile un amour immodéré pour le cinéma de Bouddha (cette description fine de la scène de l'avion dans North by Northwest), on ne peut qu'adorer ce petit opus malpoli, véritable Bible de poche pour tout cinéphile compulsif. Dommage que les illustrations de Florent Chavouet soient aussi moches (on dirait ces trucs qu'on nous vend sur les ports en été) ; mais c'est la seule réserve que je verrais à faire à ce bouquin précieux.