les_bouchers_verts_der_gronne_slagtere_2003_referenceLe cinéma danois contemporain va finir par devenir un cliché à lui tout seul si tous les cinéastes marchent sur les pas de Von Trier et Vinterberg. C'est le cas de Jensen, qui nous pond ici un film beaucoup trop prisonnier de ses aînés pour atteindre à la provocation caustique qu'il semble viser. Reprenant de Von Trier pas mal d'acteurs, la fascination pour les personnages déviants et l'aspect néo-punk, de Vinterberg la thématique de la destruction de la cellule familiale, et y ajoutant une bonne vieille dose de Nicolas Winding Refn (Pusher III est presque copié textuellement), il échoue à trouver son style à lui et ne sait que reproduire en moins bien une esthétique qui commence à avoir fait ses preuves. A force de se complaire dans le torve et le morbide, il finit même par fatiguer et se rapprocher plus des facilités grimaçantes de Delicatessen que du soufre des Idiots.

Pour tout spectateur de cinéma danois, la trame des Bouchers verts est cousue de fil blanc : un duo improbable décide de monter une affaire de boucherie. Ca marche pas terrible jusqu'à ce que, par accident, ils enferment par erreur un employé d'EDF dans la chambre froide. Que faire du cadavre ? Je vous laisse 18829931_jpg_r_760_x_f_jpg_q_x_20070907_034621imaginer la suite, ce qui ne devrait pas être difficile. A chaque tournant de l'histoire, c'est comme si Jensen s'extasiait devant son imagination caustique en imaginant notre surprise ; or, il n'y en a aucune, tout étant tellement déjà vu qu'on sait bien avant le réalisateur où il va nous emmener. On va bien entendu de mauvais goût en mauvais goût, c'est la marque de fabrique de ce genre de cinéma. Le plus gênant, c'est ce défilé de personnages laids, déprimés, suants, tordus, qui enferment l'univers dans une complaisance douteuse. On ne croit pas une seconde à ce monde de freaks auxquels Jensen ne donne jamais une chance d'être un tant soit peu crédibles. De la tête de turc transpirante au handicapé mental, de l'allumé consommateur de joints à la jeune première fascinée par la mort, de l'agent immobilier grassouillet à l'épouse vénale, tout le monde il est laid tout le monde il est méchant dans cette satire premier degré qui voudrait bien pourtant être puissamment humaine et pleine d'empathie. Heureusement sauvés par une belle interprétation (Mads Mikkelsen est étonnant dans la variété de ses rôles, passant du boucher moite et sclérosé ici au viking de Winding Refn sans problème), les êtres qui peuplent ce film sont trop moches pour être plus que des caricatures outrancières. L'humain pointe bien de temps en temps, notamment sur la fin, jolie séquence où tous ces indigents se retrouvent ensemble dans un bel amour de la marge. Mais il est trop souvent sacrifié à l'autel de la provocation facile et du mauvais goût érigé en art noble pour convaincre.