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Nicolas Philibert ouvre son film en nous montrant... des vaches (est-ce pour bien nous faire comprendre qu'on sera dans la cambrousse (le fin fond du Puy-de-Dôme ; ne m'en parlez pas, je fus voisin) ou pour nous indiquer qu'un troupeau de mômes n'est pas forcément plus facile à gérer...?) puis, ensuite, deux tortues qui traversent la classe à leur rythme (le clin d'oeil est cette fois-ci beaucoup plus franc : l'apprentissage est résolument un truc qui va piano piano, et il vaut mieux avoir une carapace pour se protéger des coups de baguettes - je plaisante, l'instit c'est Maître Yoda avec la barbe de Lucas). J'avais sûrement été beaucoup plus pris lors de ma première vision mais ce doc de Philibert passe, avouons-le, tout en douceur. Il sait aérer parfaitement son documentaire en nous montrant, entre deux petites leçons ou incidents de classe, cette bonne vieille campagne auvergnate au rythme des saisons et dont notamment les rudes hivers m'ont fait perdre plusieurs orteils. Il nous emmène également dans l'intimité de ces fermes où les séances de correction des devoirs des gamins se révèlent souvent plus périlleuses que la traite des vaches. Ah l'éducation, c'est une histoire de patience où il ne faut pas avoir peur des ratés. Les deux petites séquences en début du doc sur la confection de crêpes (et un oeuf qui tombe à côté du bol,  et une crêpe qui vient mordre la poussière...) et sur les gamelles en luge sont bien là pour montrer que tout ne va jamais tout seul - à chacun son rythme et ses aptitudes : il semble ainsi dix fois plus facile pour un gamin de conduire un tracteur que de multiplier un par trois (3x1=1, tu seras catholique mon fils).

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Prof (surtout lui qui gère quand même alone de la maternelle au CM2), c'est un taff multitâche où il faut être - entre autres, of course... - aussi bien capable de gérer les disputes (notre instit ultra zen qui sort au débotté quelques formules qui te forge un homme : quand on se bat, ce n'est pas forcément important d'être le gagnant, on peut rester à égalité  (Sarko a fermé l'école depuis)) que d'expliquer aux parents que leur fille pourrait tout autant s'épanouir en dehors de la cellule familiale (l'instit fait passer cela avec son plus beau sourire, niveau diplomatie c'est du très lourd). Il y a forcément, comme dans tout doc du genre, ses stars : la chtite Marie, avec sa bouille trognonne et sa façon de comprendre toujours dix fois plus vite que les autres, est rapidement attachante même si le gars Jojo, qui semble, lui, foirer tout ce qu'il entreprend, peut aisément prétendre à la palme : Jojo qui valdingue dans l'herbe après une poussette de l'un de ses camarades et qui va se plaindre dans les jupons du maître, Jojo qui se lave les mains - comptez trois heures, plus une pour le front -, Jojo et la photocopieuse - dans la vie rien n'est simple mon gars... -, Jojo et la notion d'éternité (aujourd'hui Jojo découvre les milliards)... Le gamin est un bon client et c'est du pain béni pour Philibert, toujours à l'affût du regard perdu du bambin. Notre instit, lui, semble "terriblement parfait" (ça use, les gens trop patients... ehehe) dans sa façon de toujours venir en aide aux plus faibles. Il faut le voir concentrer son attention sur la chtite Nathalie, une gamine aussi renfermée que Mesrine (hors cavale, bien sûr); lorsqu'il lui annonce tout timidement, alors que la gamine va partir en sixième, qu'"il faut bien qu'on se sépare un jour", le truc est aussi prenant que la scène des Parapluies de Cherbourg à la gare. La gamine ne peut contenir ses larmouilles... pour être imitée peu de temps après par l'instit alors que tous les gamins partent pour les grandes vacances : la chtite larme à l'oeil qui transperce le coeur... C'est beau, l'émotion d'un prof quand il est sincère... (no comment - oui, ça fait toujours plaisir d'être enfin en vacances sans avoir à donner de cours... hum). Joli doc avec un instit humble et lettré - à voir. (Le pire jeu de mot du mois, c'est fait...)

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