9782253084563_GRah, ça sent les fonds de tiroir, mais en bon fan de Gary qui se respecte, on est toujours prêt à découvrir quelques textes inédits. Des nouvelles donc et des débuts de romans inachevés ("A Bout de Souffle" et "Le grec"), ces deux textes ayant la particularité d'avoir été rédigés à l'origine en anglais - mais malgré tout on sent tout autant la patte Gary aussi bien au niveau du style que dans cette constante ironie mordante. "L'orage" est une histoire très noire qui se passe sous les soleils des tropiques, "A Bout de Souffle" ouvre donc sur l'histoire d'un homme qui a engagé un tueur pour mettre fin à ses propres jours - de l'autodestruction avant l'heure -, "Géographie humaine " est une discussion entre vieux baroudeurs de guerre, "Dix ans après ou la plus vieille histoire du Monde", écrite en 43, se projette dix ans plus tard et n'est guère optimiste sur l'évolution du monde, "Sergent Gnama" met en scène un boy, qui fut à bonne école, épris de liberté, "Une petite femme" est un récit aux allures conradiennes où une femme crée le trouble auprès d'indigènes en Indochine, et enfin "Le Grec" a pour héros central un type épris d'aventures, de fuite en avant et de liberté, un individu capable de faire des kilomètres en nageant, souvent juste pour le plaisir d'échapper à ses congénères...  On retrouve une atmosphère assez mortifère dans la plupart de ces récits ainsi que de longs développements sur la notion romaingaryenne de la Liberté. Gary est capable en quelques lignes de nous plonger dans l'ambiance des lieux (des cocotiers à la moiteur indochinoise en passant par la clarté grecque) et se révèle toujours capable de trousser quelques phrases absolument uniques qui tombent comme des couperets et qui arrachent parfois au passage un petit rire de satisfaction. ("Ils étaient installés dans l'île depuis quatre ans : le soleil des tropiques avait tué en lui, l'homme, en elle, l'amour"; "Je m'étais fait refaire le visage à deux reprises, à tel point que le chirurgien m'avait dit qu'il commençait à être à court de physionomie. La dernière fois, il y avait six mois de cela, le changement avait été véritablement radical, mais il faut dire que pour les yeux, on ne peut pas faire grand-chose. Le regard vient du dedans" - Gary et son désir incorrigible d'individu caméléon même si, en Ajar ou en Gary, il demeure fondamentalement le même, posant le même regard caustique sur l'humanité. "Tous les Grecs que vous croisez vous diront que ce sont eux qui ont inventé la démocratie, et c'est peut-être vrai, mais ce qui est sûr, c'est qu'ils ont perdu le brevet" ). Bref, quelques petites formules à se mettre sous la dent, quelques échappées belles sur l'éternité ou sur l'héroïsme propres au bonhomme, c'est déjà ça, on ne s'attendait point non plus à découvrir un petit chef-d'oeuvre inconnu.