11848_12ème volet de la trilogie d'Apu, et ma foi on reste tout à fait dans le ton de Pather Panchali : chronique douce-amère du temps qui passe pour notre petit Apu, qui dans cet épisode, va faire d'un peu plus près connaissance avec la mort et la difficulté de grandir. Ce qui est assez étonnant dans la première demi-heure, c'est que Ray semble mettre son point d'honneur à éviter le drame : tous ses personnages sont sympas, toutes ses situations tournées vers le bonheur. Un papa gentil et relativement aisé, une maman gentille et attentive, des voisins gentils et rigolos, tout est pour le mieux. Ca pourrait être mièvre, mais Ray filme très bien le bonheur, comme une succession de petites vignettes pleines de vie. Même les débuts de choses plus graves semblent définitivement retourner très vite dans l'oubli : un voisin un peu trop pressant vis-à-vis de la mère (mais n'est-ce pas plutôt une interprétation d'Apu ?) ou quelques obligations familiales péni11848_2bles qui sont vite effacés au profit du simple bonheur d'être en vie et de flâner dans les rues. Ray s'abandonne à la contemplation énamourée du monde, presque comme un documentaire, et la musique de Shankar est guillerette comme tout.

Mais arrive le premier drame : papa meurt. Apu se voit donc contraint à choisir une voie pour ramener de l'argent au foyer. Il choisira le chemin de la Connaissance et du Savoir ; passionné par les sciences, le voilà étudiant à Calcutta, où il grandit en une seconde d'ellipse fantastique. Dès lors, c'est le lot habituel du garçon dans une grande ville : copains, études, vie nouvelle et intrigante. Mais le garçon va du coup un peu délaisser maman qui se morfond dans sa campagne. La dernière demi-heure se teinte alors de gravité, pusiqu'on assiste au lent déclin de celle-ci opposé à l'indifférence grandissante de son fils. Les lumières s'assombrissent, la musique aussi ; et si le film conserve encore des moments de joie très jolis, on sent bien toute la douleur que Ray a voulu mettre dans ces très beaux plans sur le visage de la mère 11848_5tendue vers la venue toujours retardée de son fils. Surtout, on perçoit très nettement la part d'autobiographie douloureuse qu'il met dans ces simples scènes de non-dits, sentiment qui transforme la fin en amertume : Apu a oublié sa mère, mais "comme tout le monde" semble dire Ray. Devenir un homme, c'est ça : abandonner ses parents. Le film n'est jamais manichéen ou putassier, ne cherche jamais à critiquer tel ou tel personnage. Il enregistre juste une douleur (qu'on sent très personnelle, encore une fois), et voile pudiquement sa tristesse sous des dehors de lumineuse chronique de l'enfance. Charmant.