Tourné en quatre jours avec trois francs six sous sur le toit d'un immeuble, ce film de Wakamatsu sidère par sa facture - et son aspect jusqu'au-boutiste -, au delà de la brutalité ou de l'aspect pornographique de certaines scènes. S'il nous sert des scènes où la nudité s'étale - viols, orgie... - et où la violence explose - fallait pas laisser traîner le couteau -, le film possède également quelques moments suspendus d'une douceur et d'un fatalisme incroyables, aidé en cela par une bande musicale absolument superbe.

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Poppo l'héroïne se fait violer sur un toit par une bande de quatre jeunes baba, loin d'être cool, sous les yeux d'un cinquième larron qui porte les même petites lunettes que John Lennon : pacifique, compatissant ou impuissant, on ne sait trop ce qu'il en pense. A l'aide d'un flash-back teinté de bleu, on apprend que la pauvre Poppo a déjà été violée par deux hommes au bord de la mer - elle a pas vraiment une vie des plus romantiques, la Poppo (je passe sur le suicide de ses deux parents)... John Lennon sympathise au petit matin avec la victime et lui propose de visiter son appartement : là gisent dans une mare de sang quatre corps nus (deux hommes et deux femmes); nouveau flash-back en couleur, durant lequel John Lennon explique qu'au cours d'une orgie - que l'on suit, en quelque sorte, à travers son regard puisqu'il assistait à la scène du haut des escaliers : autrement dit on "mate la scène" avec un certain recul (c'est plus graphique que porno, ou disons qu'on est loin d'un érotisme exacerbé...) -, les participants ont cherché à abuser de lui. Seulement dès lors qu'il parvint à s'extraire de la mêlée, il s'est saisi d'un couteau et a massacré ces quatre individus...

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Poppo, violée deux fois mais également submergée par le désespoir, ne demande qu'à mourir. John, abusé sexuellement et apparemment impuissant (il ne peut pénétrer les corps qu'avec son couteau - il remettra le couvert, d'ailleurs, en assassinant ses quatre potes et leur pinco), poète à ses heures, ne demande qu'à aimer mais ne le peut apparemment point. Incapable de tuer ou d'aimer Poppo qui "s'offre" à lui, John est dans l'impasse. Les deux jeunes gens, véritables anges violées (mais aussi ange de la vengeance et de la mort en ce qui concerne John), n'ont d'autre issue que de faire le grand saut...

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Wakamatsu, tout en livrant les scènes obligées du genre - sex and gore -, livre un film terriblement troublant, les deux personnages apparaissant finalement comme deux victimes, de leurs congénères voire de leur époque (les images violentes des B.D. ainsi que les photos de Polanski et de Sharon Tate trucidée la même année): Poppo, dominée à multiples reprises par les hommes, semble impuissante à se défendre : bien que bafouée, elle est restée pure en elle-même mais ses seules aspirations dorénavant la poussent plutôt vers la mort. John, incapable de la satisfaire dans tous les domaines, couvert du sang de ce monde impur, n'a d'autre choix que de la suivre... Ce qui surprend peut-être le plus dans cette oeuvre exécutée à la vitesse de la lumière mais avec un étonnant brio, c'est à la fois ce mélange des genres (après la tempête, le calme et vice versa) et surtout ces longs moments qui touchent presque à la poésie : nos deux héros, sous des pluies purificatrices, tentent de faire plus ample connaissance, de faire de l'autre un allié mais - à l'image de ce toit entouré par le vide -, leur avenir est un cul-de-sac... Wakamatsu est définitivement un cinéaste appliqué (un noir et blanc très tranché, des gros plans à tomber, un montage ultra efficace - ok, ici ou là on voit l'ombre de l'équipe, mais oh ça va, hein) et diablement surprenant dans son "genre". Et le dernier film du coffret Quand l'Embryon part braconner (!!!) s'annonce tout autant prometteur. Hip hip hip Kôji.